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5e Jour à l'Etrange Festival

Le festival bat son plein avec toujours la même ferveur et une cinquième journée placée sous le signe de la diversité des goûts pour un menu dense et surprenant. A commencer par le slasher américain Random Acts of Violence de Jay Baruchel, suivi d'un anime coréen horrifique de Kyung-hun Cho, Beauty Water. Pour terminer par un loup-garou pyrénéen réussi à la sauce française, de Ludovic et Zoran Boukherma.

 

 

RANDOM ACTS OF VIOLENCE – Copycat – 2019 – USA – Jay Baruchel

En compétition

 

Pitch : Auteur de comic books horrifiques, Todd connaît un succès fou avec son Slasherman, inspiré d’un tueur en série qui sévit quelques années auparavant. Avec sa compagne, son assistante et son manager, il part en tournée promotionnelle tout en ayant en tête de trouver l’inspiration pour conclure sa saga. Mais la route ne tarde pas à être parsemée de cadavres. Et si Slasherman, le vrai, était revenu?

 

Random Acts of Violence est l'adaptation du comic-book de Justin Gray et Jimmy Palmiotti. Le réalisateur n'est autre que Jay Baruchel, acteur de son état dont le visage tout en longueur est bien connu des amateurs de comédie avec sa bande de potes portée par Seth Rogen et James Franco (The End) ou chez Jude Apatow (En Cloque Mode d'emploi). Etonnant donc de retrouver l'acteur canadien derrière la caméra même si il a a son actif quelques courts-métrages. Avec ce deuxième long-métrage, après la comédie sportive Goon : Last of the Enforcers en 2017, il s'attaque à l'horreur teintée par une sortie d'ironie dans les dialogues et dans le mode d'action du serial-killer.

Fan de films d'horreur, il semblait donc tout désigner pour retrouver le jeune homme à la tête de ce projet en forme d'hommage à tout un pan du ciné de genre. Le slasher se retrouve à l'honneur au travers d'un personnage de bande-dessinée, le Slasherman, inspiré d'un véritable tueur. Todd (Jesse Williams, La Cabane dans les Bois) est l'auteur de la BD et il a un multitude de fans dans tout le pays. Avec ses amis Aurora (Niamh Wilson), Ezra (Baruchel lui-même) et sa copine Kathie (Jordana Brewster vue dans la saga Fast & Furious) partent sur les routes pour signer des autographes et se confronter à un tueur sévissant toujours dans le coin où a grandi Todd. Evidemmnent, le tueur sévit toujours et utilise les bandes-dessinées comme support à ses méfaits en reproduisant la mise en scène des meurtres imaginées par Todd.

Sur cette base somme toute classique, Baruchel construit un film avant tout référentiel avec son tueur recouvert d'un masque de soudure et l'amoncellement des cadavres dont les corps mutilés sont mis en scène comme dans les séries Hannibal ou True Detective. Vous lirez partout que le film renouvelle le slasher avec son approche méta du genre et sa réflexion sur l'inspiration. Ce serait certainement se fourrer le couteau dans l'orbite et intellectualiser une œuvre assez banale sur le fond et dont la forme rappelle moult et moult productions. Car le film contient les mêmes "défauts" inhérents au slasher avec des jeunes en vadrouille qui passent le temps à deviser avant de se retrouver confrontés au tueur.

Très bavard et plutôt bien mis en image, Random Acts of Violence ne révolutionne rien, malgré les problèmes de conscience de Todd quant à l'utilisation des victimes dans sa BD et le rapport à leur famille traumatisée, et continue à creuser le sillon d'un genre entamé il y a déjà une paire d'années. Le film se regarde d'un œil amusé avec quelques saillies gore et des inserts animés pour renvoyer à la bande-dessinée, mais l'ensemble ressemble à pas de mal de productions du même type jusqu'à un final encore plus sanglant et grand-guignolesque avec une référence à Massacre à la Tronçonneuse. Bref, sympa sans plus.

 

3/6

 

 

BEAUTY WATER – Crème miracle - Corée-du-Sud – 2020 – Kyung-hun Cho

En compétition

 

Pitch : Beauty Water n’est pas un cosmétique comme les autres. Il suffit de l’appliquer pour pouvoir sculpter son visage et revêtir l’apparence de ses rêves. Yaeji, une jeune styliste complexée travaillant à la télévision, va découvrir avec ce produit le moyen de devenir la plus belle. Mais parfois le conte de fées peut présager le pire des cauchemars...

 

Pour son premier long-métrage, le coréen Kyung-hun Cho adapte une bande-dessinée parue sur le web et en tire un film d'animation très particulier en s'attaquant à la société du paraître et de l'esthétisation des corps à outrance, seule oasis contemporaine d'un bien être illusoire. C'est le sort réservé à Yaeji, une jeune femme en surpoids confrontée tous les jours à des mannequins à la beauté plastique parfaite. Tandis qu'ils étalent leurs charmes à la télévision et sur les réseaux sociaux, Yaeji s'empiffre de mauvaise nourriture cachée derrière son ordinateur. En essayant le produit miracle Beauty Water, la jeune femme se transforme en une créature de rêve au détriment de son esprit perdu dans ce fantasme de réussite sociale.

Beauty Water dénonce avec virulence un mal profond qui gangrène nos sociétés consuméristes au travers de cette galerie de personnages plus intéressés par leur apparence visuelle et le nombre de followers que par le relationnel au quotidien. Mal dans sa peau, Yaeji est odieuse avec son père et sa mère au point de rester enfermée dans sa chambre à manger en ruminant devant son écran d'ordinateur. De ce constat sociétal inhérent à nombre de sociétés modernes, Kyung-hun Cho tire un film virant progressivement à l'horreur au moment où la jeune femme utilise les pouvoirs de ce produit miracle. Les chairs fondent littéralement et sont retravaillées au bistouri pour reconstituer un être parfait. Dommage alors que le récit soit plombé par une animation en deçà de nos attentes.

Le dessin et la fluidité des images tirent vers le bas l'histoire et son sujet de conte d'horreur contemporain. Les personnages ont du mal à se mouvoir et certaines incrustations laissent à désirer. D'autant plus gênant que le récit prend les allures d'horror movie organique, les morts atroces se succèdent avec une violence visuelle et morale impressionnante. Dans la dernière bobine, les masques tombent et la découverte d'un tueur en série très original relance le film, apportant une nouvelle dimension fantastique que n'aurait pas renié un Brian Yuzna à sa grande époque. Mais cette idée intéressante de Frankenstein des temps modernes reste amenuisée par une animation sortant le spectateur de la tragédie et du sujet proposés.

 

3,5/6

 

 

TEDDY – Gare au loup – France - 2020 - Ludovic et Zoran Boukherma

En Mondovision et en présence de l'équipe du film

 

Pitch : Les Pyrénées. L’été. Un loup sévit dans la région, attisant la colère des villageois. Teddy, jeune homme sans diplôme vivant chez son oncle adoptif, travaille dans un salon de massage, tandis que sa petite amie Rebecca s’apprête à passer son bac. Peu après avoir été griffé par une bête inconnue, il se sent pris d’étranges pulsions...

 

 

Sans doute la bonne surprise du festival, le film de genre français qu'on n'attendait plus avec cette histoire de loup-garou perdu dans un village des Pyrénées. Il aurait été facile à Ludovic et Zoran Boukherma de tomber dans le cliché du film social provincial. Leur scénario est aux antipodes de ce fléau récurrent du cinéma français. Il dépeint un univers crédible adossé à un casting réjouissant. Après plusieurs courts-métrages, c'est la première réalisation en solo pour les jumeaux Boukherma après un remarqué Willy 1er tourné avec deux autres réalisateurs. Comme ils l'ont expliqué sur scènes, ces fans de films fantastiques ont souhaité rendre hommage à un style de cinéma cher à leur yeux et aux livres de Stephen King découvert dans leur jeunesse.

En vrai alchimistes et équilibristes, le résultat s'avère plaisant et hautement respectable grâce à un scénario bien charpenté sans fioriture, et surtout un casting admirable à commencer par Anthony Bajon (La Prière) parfait dans le rôle de Teddy, jeune homme un peu paumé mordu par un loup dont la transformation progressive de son physique s'accompagne de réactions psychologiques sources de comédie. Car Teddy s'inscrit de plein pied dans ce domaine sans jamais chercher le gag facile ou le bon jeu de mots (drame inhérent et insondable des comédies françaises actuelles). L'humour passe par les situations décalées et des personnages haut en couleur jamais caricaturaux à l'image de la prestation de Noémie Lvovsky (Camille redouble) en tenancière nymphomane d'un salon de beauté où travaille Teddy.

Les réalisateurs créent ainsi un monde cohérent où Teddy tente de trouver sa voie entre sa copine Rebecca (Christine Gauthier) et son oncle adoptif intellectuellement limité Pépin Lebref (Ludovic Torrent). Au-delà de la présentation des personnages et de situations de la vie courante, le film n'en oublie pas son sujet et sa créature, Teddy découvrant progressivement son changement avec des poils sur la langue ou sur sa pupille avant de s'arracher un ongle. Dans ces moments-là, le film prend ses quartiers de l'horreur esthétique sans jamais l'édulcorer (les plans sanglants en témoignent), y compris lorsque Teddy est attiré par la lune et va boulotter des moutons la nuit pour se réveiller nu comme un ver et sans souvenirs. Enfin, un long-métrage français qui ne prend pas de haut le fantastique !

Certes, on sent bien la limite financière du projet notamment pour montrer la créature dans un final référentiel à la Carrie lors d'un loto communal pour fêter la fin des études des jeunes du coin. Qu'importe, le film remporte l'adhésion haut la main avec son écriture maîtrisée, une mise en scène tout à fait correcte et un jeu d'acteurs au diapason de l'entreprise. Anthony Bajon en tête se faisant à la fois inquiétant et émouvant, de sa relation amoureuse ou la vie compliquée avec sa famille d'adoption rejetée par les autres. Là encore, le film ne s'enferre pas dans le drame social où il aurait pu tomber avec facilité, mais l'utilise en toile de fond, juste un filigrane sans jamais oublier le sujet du film, un loup-garou dans les Pyrénées. Pari réussi et rafraîchissant.

 

4/6

 

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