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Rétrospective festival Gérardmer à la Cinémathèque 2022

Petit retour rapide sur deux longs-métrages de la compétition officielle de Gérardmer 2022, le français Ogre d’Arnaud Malherbe, et l’espagnol La Abuela de Paco Plaza.

 

 

OGRE – France – 2021 - Arnaud Malherbe

Pitch : Fuyant un passé douloureux, Chloé démarre une nouvelle vie d'institutrice dans le Morvan avec son fils Jules, 8 ans. Accueillie chaleureusement par les habitants du village, elle tombe sous le charme de Mathieu, un médecin charismatique et mystérieux. Mais de terribles événements perturbent la tranquillité des villageois : un enfant a disparu et une bête sauvage s’attaque au bétail.

 

Avec ce premier long-métrage, Arnaud Malherbe investit les champs cinématographiques maintes fois labourés du conte avec ses personnages enfantins confrontés à une entité maléfique. En ouverture de la séance, le réalisateur et le producteur ont insisté sur l’aspect contemporain de l’histoire et le désir de faire résonner la morale de ces récits fantasmagoriques avec notre société actuelle. De fait, Ogre tente d’ancrer ses amarres dans la campagne française isolée du Morvan, au centre d’un village perdu bordé par une forêt, où l’arrivée de Chloé la nouvelle institutrice (Ana Girardot, La Prochaine Fois je Viserai le Cœur) et de son fils Jules (Giovanni Pucci) sonne comme un soulagement pour les habitants un peu loin de tout. S’ajoute à cela, une supposé malédiction semblant frapper la communauté avec la disparition d’enfants et des animaux d’élevage égorgés pendant la nuit.

Le point de vue du sujet se fera donc à hauteur d’enfant, par le regard souvent désapprobateur de Jules rejeté par les autres à cause de sa surdité et de son appareillage à l’oreille. Il lui permet de s’exclure volontairement du monde des adultes et d’un entourage de plus en plus étrange, à commencer par le Docteur Mathieu (Samuel Jouy, la série Zone Blanche). Le Doc ne laisse pas insensible Chloé même si son attitude et sa propension à vouloir faire grossir le petit garçon ne laisse pas de doute sur sa condition. A l’image de l’ensemble des villageois, assez caricaturaux dans leur caractère bien trempé. Les enfants sont quasiment tous chambreurs voire harceleurs et les adultes reluquent Jules comme une future proie, quand ils ne brûlent pas des animaux morts sans avouer la vérité ou la disparition suspecte d’un autre enfant. Bref, l’atmosphère s’avère pesante pour les nouveaux venus et Jules en particulier. D’autant plus que toutes les nuits, une créature au faciès démoniaque et accompagné de grognement inquiétant fait des incursions dans sa chambre.

Un môme à la marge dont le handicap apparent ne l’empêche pas d’avoir une acuité exacerbée de la nature et la capacité de communiquer avec les oiseaux, au point de les contrôler et de les entraîner dans des danses aériennes. Un pouvoir singulier qui aura son importance pour sa propre défense et sa lutte contre le mal. Les bases sont posées au milieu des magnifiques décors de la campagne Franc-Comtoise et de sa forêt particulièrement anxiogène la nuit. Pourtant, Ogre peine à enclencher la seconde vitesse du fait d’un scénario peu enclin à dévoiler certains pans de son énigme malgré les références à la peur du loup et au petit chaperon rouge. On ne connaîtra finalement jamais l’origine du fléau entourant les enfants du village, les condamnant au dentier de la bête plutôt effrayante et réussie visuellement.

La faute à l’aspect mythologique oublié sur le bas-côté, coincé dans un déroulé manquant de liant entre les scènes avant d’aboutir à un climax assez frustrant. La séquence de l’affrontement entre Mathieu et Jules sur la barque tombe ainsi à l’eau, comme si elle arrivait là un peu par hasard, et complètement décalée par rapport aux réactions potentielles du garçonnet. Dommage car Anna Girardot et Samuel Jouy sont très justes et le rapprochement du mythe de l’ogre avec les violences domestiques subies par la jeune femme dans son passé donnent une coloration bienvenue au film, à l’instar de la critique en creux de la désertification des campagnes françaises. Après La Nuée et Teddy, le cinéma fantastique français semble relever la tête avec des projets à l’ambition mesurée et un fantastique subtil, avec la bonne idée de se réapproprier les légendes du pays. On espère et on y croit.

 

3,5/6

 

 

LA ABUELA – Espagne/France – 2021 – Paco Plaza

Pitch : Susana, une jeune mannequin espagnole, est sur le point de percer dans le milieu de la mode parisien. Mais quand sa grand-mère est victime d'un accident la laissant quasi paralysée, Susana doit rentrer à Madrid dans le vieil appartement où elle a grandi afin de veiller sur celle qui constitue son unique famille. Alors qu'approche leur anniversaire commun, de vieux souvenirs resurgissent en parallèle d'événements étranges, et le comportement de sa grand-mère devient de plus en plus inquiétant.

 

Avec ce nouveau long-métrage, Paco Plaza (surtout connu pour la saga zombiesque REC) explore les affres de la vieillesse et de la volonté humaine de conserver à jamais sa beauté virginale. En situant les premières scènes dans le milieu parisien de la mode, le réalisateur de Veronica tisse déjà sa toile sur le désir de dépeindre la décrépitude des corps à l’aulne des canons de beauté représentée par la mannequin Susana (Almudena Amor). Cette dichotomie est encore prégnante lorsque cette dernière retourne à Madrid pour s’occuper de sa grand-mère Pilar (Vera Valdez) suite à un AVC l’ayant propulsée dans un état catatonique et d’ultra dépendance.

Dans cette première partie, Susana prend le temps de s’occuper de sa grand-mère et on pourrait alors penser à une version hispanique du Amour de Michael Haneke. Le cinéaste ne nous épargne ainsi rien de la déchéance d’une femme au crépuscule de sa vie, incapable de se retenir de déféquer ou de communiquer. Ni de son corps nu et flétri lavé avec dévouement par sa petite-fille, créant une forme d’empathie et montrant la dévotion absolue de Susana, orpheline élevée par la abuela. Progressivement, le film se transforme en un huis-clos horrifique, l’appartement devient ainsi sa prison physique et mentale à l’instar de la cage à oiseau symbole de cet enfermement forcé. Mais le calvaire est également pour son infirmière de circonstance, perdue entre son obsession pour sa carrière dans le mannequinat (en quittant Paris, elle perd un gros contrat) et son désir de rester jeune en plaçant des miroirs dans la maison pour surveiller l’apparition de cheveux blancs.

Avec son sens du rythme, Plaza fait monter la terreur crescendo. D’abord mutique, Pilar commence à émettre des sons gutturaux et des mouvements de mains incompréhensibles avant de partir dans des éclats de rire tonitruants au grand dam de Susana s’enfermant de plus en plus dans la folie face à une femme disparaissant de l’appartement et de ressurgir de manière impromptue. C’est la grande force du film, ne jamais se faciliter la vie avec des jumpscares. La peur naît de ces plans fixes sur la grand-mère au sourire énigmatique ou des nuits effrayantes de sa petite-fille entre cauchemars récurrents et bruits de pas sur le parquet. A ces moments-là, on pense au récent The Vigil quand la réalité est rattrapée par un passé douloureux et un surnaturel oppressant à l’image du réveil de Susana dans le lit de sa grand-mère qu’elle retrouve à sa place.

Dans la dernière partie, la machination diabolique se déploie et l’horreur psychologique se double d’une violence exacerbée envers les visiteurs extérieurs tandis que Susana se remémore son enfance et de son rapport assez étrange à sa grand-mère. Sans grand moyen et avec talent, le réalisateur instaure un climat anxiogène simplement avec le regard de plus en plus sardonique de Pilar débout derrière une fenêtre nous renvoyant aux effluves de Polanski ou face à un tableau avec la référence au Portrait de Dorian Gray. Malin, le scénario de La Abuela distille quelques indices sur l’horrible dénouement avant de se refermer de manière magistrale et étonnante.

 

5/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    princecranoir (mercredi, 09 mars 2022 12:09)

    Hello Roggy,
    Je reviens traîner dans les parages et prendre (grâce à toi) la température de Gerardmer.
    Très curieux de découvrir les deux. J'avoue que ce Plaza avec ses "effluves de Polanski" me tente beaucoup.

  • #2

    Roggy (jeudi, 10 mars 2022 08:19)

    Salut l'ami,

    Je n'ai pas pu voir l'ensemble de la programmation (même si j'avais déjà vu "The Innocents" à l'Etrange festival et qui est très bon ), mais le dernier Paco Plaza est une vraiment bonne découverte. Et en plus il sort dans les cinémas.