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Mini retour PIFFF 2021

 

Petit retour rapide sur le PIFFF 2021 qui fêtait ses 10 ans avec une programmation aléatoire annoncée tardivement, tributaire de la crise sanitaire en matière de nouveautés avec beaucoup de séances cultes de films français en présence des réalisateurs afin de pallier ce manque de long-métrages. Pour ma part, seulement 4 films chroniqués.

 

 

VENECIAFRENIA – Espagne – 2021 – Alex de la Iglesia

Pitch : Un groupe de touristes espagnols visitent la belle ville de Venise. Ils ne savent pas encore que leur survie est en jeu. En effet, les vénitiens, las des touristes, s'en prennent aux vacanciers...

 

Tourné en 2020 en pleine pandémie dans une Venise presque vide de touristes, Veneciafrenia est le nouvel effort du cinéaste espagnol Alex de la Iglesia (Le Jour de la Bête, Balada Triste). Un habitué des festivals adepte d’un cinéma à la fois hors norme et politique. C’est un peu cette combinaison qu’on retrouve dans son dernier long-métrage situé dans la cité des Doges en plein carnaval. Un groupe de jeunes vient fêter l’enterrement de vie de jeune fille d’Isa (Ingrid García Jonsson, Sweet Home) et débarque d’un énorme paquebot sous les lazzis d’une foule agressive contre ces touristes venant s’encanailler jusqu’à plus soif et piétiner le patrimoine de leur ville, au détriment des locaux.

Veneciafrenia est ainsi martelé de cette dimension sociétale et le réalisateur de Pris au Piège utilise le ressentiment des véritables manifestations des habitants de Venise contre les touristes pour justifier la création d’une sorte de groupuscule terroriste qui enlèverait certains d’entre eux pour les cacher sur une ancienne île à pestiférés, avant de prévoir un coup d’éclat mondial visible sur les réseaux sociaux. Le séjour de nos vacanciers se double de la présence d’un tueur représenté sous la forme d’un bouffon horrifique (Cosimo Fusco, Berberian Sound Studio) coupable d’exactions à l’aide d’une lame cachée dans sa canne. Tous les éléments étaient donc réunis pour ravir une audience avide de meurtres à l’arme blanche dans une ville au charme indescriptible.

Malheureusement, la sauce rouge sang du slasher mâtinée de giallo a du mal à mousser et laisse même un drôle de goût en bouche. La faute à un scénario bancal enchaînant les séquences sans lien avec cette sensation étrange d’ellipses, notamment au moment des assassinats de certains jeunes du groupe. On s’en fout un peu d’ailleurs car nos Espagnols sont horripilants et se font remarquer partout où il passe par les gens du coin, eux aussi rehaussés d’une attitude très caricaturale. Quel dommage au final, le film possédait un réel potentiel en s’appropriant la question de l’entrée des énormes croisiéristes dans Venise (on se souvient tous des images du bateau défonçant les quais et reprises dans le film) sous les coups d’un boogeyman visuellement particulièrement réussi et au potentiel mal exploité. A l’instar de son magnifique alter ego sous la forme d’un docteur à bec de l’époque de la peste ornant l’affiche du long-métrage.

Pourtant, le générique d’ouverture pue le slasher à l’ancienne dans les ruelles sombres de Venise avec un premier meurtre sous les regards de passants hilares croyant à une blague et filmant la scène comme les moutons des réseaux sociaux, là encore une charge contre ce phénomène irisant le film. La suite pêche par un agencement de séquences sans queue ni tête, le frère d’Isa disparaît lors d’une fiesta clandestine sentant le stupre et l’échangisme pendant que le bouffon du carnaval commet des meurtres en ville, dont une séquence particulièrement sanglante de tête coupée. Sans être ennuyeux, on ne comprend pas vraiment où De La Iglesia veut en venir, à part dénoncer la venue massive de touristes et cette vengeance locale. Pire encore, Venise n’est pas bien filmé, le manque de moyens se fait ressentir malgré les costumes multicolores et des figurants a priori chers payés par le réalisateur pour les engager pendant les restrictions sanitaires.

Veneciafrenia claudique donc entre son scénario brinquebalant (pourquoi la police ne s’émeut pas plus des cadavres retrouvés en ville  ?) et une dernière bobine vite emballée sans envie donnant un arrière-goût encore plus aigre au milieu de séquences plutôt intéressantes tel le meurtre d’une fille avec des crochets, manipulée comme une marionnette dans un vieux théâtre abandonné en train de couler sous les eaux. Un lieu iconique générant les meilleures séquences du film, lardées d’autres bien moins réussies sans réel liant. A vrai dire, le spectateur sort frustré de ne pas avoir vu le film qu’il attendait avec un sujet en or, un réalisateur fou et une cité graphique à l’extrême surtout en terme d’ambiance horrifique et de slasher. En revanche, le bouffon mériterait à lui seul un film.

 

3/6

 

 

Comrade Drakulich – Hongrie – 2019 – Márk Bodzsár

Pitch : Au cœur des années 1970, un héros de la révolution cubaine attire l’attention de la police secrète hongroise : éternellement jeune et séduisant, le camarade Fábián ne serait-il pas un vampire ? Un couple d’agents pas franchement assortis est mis sur le coup.

 

Daté de 2019 et ayant fait la tournée des festivals, Comrade Drakulich débarque sur l’écran du Max Linder sans son réalisateur bloqué en raison des restrictions sanitaires dans son pays. Avec son long-métrage, Márk Bodzsár mélange les genres entre le film d’espionnage, le pamphlet politique, le fantastique et la comédie. Une alliance à la fois décalée et surannée sur une époque pas tout à fait révolue mais où l’influence soviétique et donc communiste était des plus prégnantes.

La confrontation entre le camarade Fábián (Zsolt Nagy) qui devrait avoir 60 ans et en parait 30, et une société hongroise sclérosée dans le jus rouge du communisme fait des étincelles. D’autant plus que l’ami Fábián semble libéré avec ses manières de l’Ouest, son cuir et sa Cadillac rouge. Bref, un drôle de zig dont la police secrète hongroise se méfie particulièrement, le soupçonnant de posséder le secret de la vie éternelle, pratique pour sauver la vie vacillante du Camarade Brejnev. Ils dépêchent alors une équipe de surveillance menée par Kun László (Ervin Nagy) et la jolie Magyar Mária (Lili Walters) chargée d’accompagner Fábián dans son parrainage des différents points de collecte de sang à destination des camarades Vietnamiens, sous la haute surveillance d’un vieux dirigeant énigmatique et de sa secrétaire adepte des techniques de drague.

Sur cette trame finalement assez simple, le réalisateur construit un film subtil entre les traditions magyars à la sauce rouge et un vampire, pas réellement déclaré avant la fin, charmeur, attiré à la fois pas Mária (également en couple avec un Kun jaloux) et par le sang mis en bouteille lors de collectes nationales. Comme indiqué dans une petite vidéo projetée introduction, le réalisateur est fortement influencé par Le Bal des Vampires de Roman Polanski, dont on retrouve ici un humeur pince sans rire au milieu de situations croquignolesques où le scénario porte une charge violente contre les pratiques de l’appareil communiste de l’époque. Le film se pare ainsi de personnages secondes hauts en couleur comme les époux espions vivant sous l’appartement de Mária et d’un comique de situation lors des surveillances à distance de László façon ninja de pacotille souvent repéré par le vampire à cause de ses cigarettes ou des saucisses truffées d’ail ingurgitées.

Avec des moyens sans doute réduits et une mise en scène correcte, Márk Bodzsár irise son film d’une bonne humeur ambiante dans un univers rempli de clichés sur les femmes, le communisme et la vision de l’Occident. Les répliques font mouche au milieu des rassemblements des militants, des fêtes de la saucisse, des chansons patriotiques et des canettes de sang dont le liquide vital est inséré dans des bouteilles de soda afin de passer inaperçu. Sur la fin, la nature précise du suceur de sang se fait plus pressante notamment lors du climax. Au final, Comrade Drakulich s’avère une bonne surprise, une petite comédie sans prétention dans l’univers corseté de la Hongrie des 70 par l’emprise soviétique.

 

4/6

 

 

THE FEAST – Royaume-Uni – 2021 - Lee Haven Jones

Pitch : Dans une demeure somptueuse construite insolemment en pleine campagne du Pays de Galles, un festin se prépare pour des hôtes de marque. L’éthérée Cadi, venue faire le service, baguenaude de pièce en pièce tandis que les pressions alentour se multiplient dans le silence de la lande austère.

 

Tourné en langue galloise et situé dans une maison d’architecte perdue au milieu des landes, The Feast est loin d’être facile d’accès à l’image de son langage guttural marqué et de son parti-pris austère au possible. Ce premier long-métrage de Lee Haven Jones se déroule sur une journée dans une demeure devant accueillir un repas. La jeune Cadi (Annes Elwy, Les Quatre Filles du Docteur March) est embauchée pour la journée par Glenda (Nia Roberts, Cashback) et son mari député Gwyn (Julian Lewis Jones, Invictus) pour les aider aux préparatifs. Une situation tout à fait normale dans une famille où les deux fils semblent dysfonctionner, l’un friand de champignons hallucinogènes et l’autre passant ses journées à se regarder devant le miroir et à faire du vélo d’appartement en tenue de cycliste.

Avec son rythme très lent adossé à une musique classique passe-partout, The Feast languit son spectateur à l’instar de sa jeune femme mutique et parfois absente, comme d’ailleurs les membres de cette famille désunie attendant l’arrivée des invités. La menace est sourde, cachée dans les regards, les postures fuyantes et les attirances suspectes. De ce huis-clos étouffant ceint par une terre hostile et une forêt aux allures de conte fées, le réalisateur et son scénariste ne font pas grand-chose de ce sujet entre mythologie celtique et croyance animiste. Jusqu’au bout, on attend un décollage mais la fusée narrative reste à quai, la faute à un manque d’empathie pour les personnages et par instant une envie de piquer du nez face à ce dîner sans réelle saveur.

Sur la fin du métrage, Cadi dévoile sa véritable nature entrevue par de brefs flashbacks sanglants et des attitudes très étranges (l’utilisation d’un tesson de bouteille). Mais l’arrivée à cette dernière bobine violente et décalée où les personnages commencent à perdre la raison s’avère un chemin de croix pour le spectateur, le scénario nous préparant de manière finalement assez prévisible à un événement tragique à la fois original quant à l’origine de la jeune Cadi, mais prévisible sur le sort réservé à ses hôtes. Un premier film pas si mal shooté enserrée dans une ambiance de drame larvé avec son petit côté écolo (pauvres lapins) mais plombé par une narration linéaire et au final par moment ennuyeux. Dommage.

 

3/6

 

 

ANNULAR ECLIPSE – Chine – 2021 - Zhang Chi

Pitch : Dans un futur proche, une avancée médicale rend possible le traitement de la maladie d’Alzheimer. Ge, un tueur à gages, ressent en pleine mission une étrange sensation de déjà-vu, écho de ses cauchemars récents. Il s’interroge sur sa condition… et sur ses contrats.

 

Le tueur à gages Ge a la mémoire qui flanche, il ne souvient plus très bien de son passé à l’image du spectateur coincé lui aussi dans cette boucle temporelle défroquée et agencée par un monteur sous produits stupéfiants. Annular Eclipse fait partie de la gamme des blockbusters chinois rarement accessibles en Occident et ressemblant comme deux gouttes d’eau aux pires engeances américaines. Avec son atmosphère et son iconographie futuriste à la Blade Runner, le long-métrage de Zhang Chi est un empilage de clichés et d’accumulations d’autres films de Matrix à Batman pour le personnage de colosse avec un masque à oxygène proche de celui de Bane dans The Dark Knight Rises.

Pire, les séquences de poursuites et de combat sont extrêmement mal filmées et sur découpées pour peut-être masquer le manque de moyens, régulièrement visible du fait SFX très limites pour rester poli. Le problème général du film est qu’on n’y croit pas une seule seconde, les acteurs sont presque tous antipathiques (mention spéciale au duo de tueurs benêts) et le scénario s’avère d’une nébulosité absolue entre les pertes de mémoire du personnage principal, les incessants retours en arrière et les dialogues incompréhensibles entre des chefs mafieux et des scientifiques. Bref, Annular Eclipse part dans tous les sens mais se perd lui-même dans ses propres méandres tortueux, incapable de créer une sorte de fil directeur dans ce monde d’anticipation situé dans un 2030 mal fagoté.

Là encore, on s’ennuie ferme entre les scènes de baston mal torchées, le creux central où il ne se passe plus rien et cette propension à se donner un style auteurisant confinant à une sorte d’Hollywood Night pour montrer la romance de Ge et de son amie tueuse Song, au son d’une musique sirupeuse, et plus tard David Guettaesque. Un changement tonal malvenu mais en même temps symptomatique d’une œuvre perdue dans sa capacité à raconter quelque chose de cohérent, de l’emphase de carte postale à la pose du tueur à la Delon chez Melville. Drôle de combo pour un festoche très très bizarre avec le recul.

 

2/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Adrien (jeudi, 09 décembre 2021 15:28)

    Quel dommage pour le de la Iglesia, c'est celui que j'attendais le plus étant fan de la première heure du réal ! Je suis sûr que j'y trouverai mon plaisir quand même mais c'est décevant, d'autant que El Bar n'était pas parfait non plus.

    Comrade Drakulich a l'air plutôt cool par contre, merci pour la découverte. Tu m'as totalement gagné au "ninja de pacotille" qui se fait repérer avec sa clope :D Et The Feast m'a l'air similaire au 50.000 films d'auteurs vu durant ma jeunesse de théatreux dans les salles d'arts et d'essais.

    Pour Annular Eclipse je dirais que le problème vient plus de la politique actuelle du pays que du film lui-même: le CCP a récemment placé des tas d'interdiction et d'obligation à l'industrie, sous peine de punition sociale sévère. Du coup le résultat est une soupe insipide parce que c'est exactement ce que le parti veux. Et mélangé aux défauts habituels de leurs blockbusters, ça donne ce que tu as vu. Triste.

  • #2

    Roggy (vendredi, 10 décembre 2021 07:15)

    Je suis peut-être sévère avec Veneciafrenia (j'ai préféré Les Sorcières de Zugarramurdi), je suis aussi certain que tu y trouveras des bonnes choses notamment au niveau du personnage du bouffon. Comrade Drakulich est vraiment un tout petit film mais qui possède une bonne humeur communicative. Quant à Annular Eclipse, c'est difficilement visible sans doute pour ce que tu racontes. Apparemment, le réal a tourné pendant la pandémie avec des équipes qui coûtaient moins chers. Ce qui n'explique pas tout évidemment.