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4e Jour à l'Etrange Festival

 

Place au grand écart vertigineux en ce 4e jour à l'Etrange festival avec A Dark Dark Man, drame policier intimiste du Kazakh Adilkhan Yerzhanov, et le fantasque giallesque Le Couteau sous la Gorge tourné par Claude Mulot en 1986.

 

 

A DARK DARK MAN– Sombre plaine - Kazakhstan/France – 2019 - Adilkhan Yerzhanov

En compétition

 

Pitch : Déjà rompu à toutes les pratiques de corruption de son métier, Bekzat, jeune policier des steppes du Kazakhstan, est chargé d’étouffer une nouvelle affaire de meurtres d’enfants. Désigner un coupable ? La routine. L’affaire serait vite bouclée si une journaliste opiniâtre ne venait pas s’y intéresser de plus près et semer le doute dans l’esprit de notre héros en ébranlant ses certitudes.

 

 

Le Kazakh Adilkhan Yerzhanov est devenue une valeur sûre du cinéma mondial, même s'il reste confidentiel aux yeux des grands publics. Sa renommée s'établit dans les festivals avec des œuvres comme The Plague at the Karatas Village ou La Tendre Indifférence du Monde. Un cinéma peu connu du grand public aux antipodes des productions à grand spectacle pour la plupart familiales déversées sur les écrans. Le cinéma de Yerzhanov reste modeste et sans effet spéciaux, il filme le réel sans fioriture au milieu de paysages grandioses des plaines dénudées du Kazakhstan.

Avec ce nouveau long-métrage, il dénonce l'ensemble des institutions de son pays gangrénées par la corruption. Politiques, autorités locales et police sont ainsi de mèche pour étouffer toutes les affaires qui embarrasseraient les personnes haut placées. Sous le couvert d'un enquête policière pour retrouver un tueur d'enfants sévissant dans la région, le réalisateur montre un pays ravagé par les pots de vin et les trafics en tout genre. Pas la carte postale idéale. Abandonnée à eux-mêmes par les gouvernants, la population survit comme elle peut sous le joug d'une police violente aux ordres des puissants. C'est le sort réservé à un pauvre hère perdu dans sa folie et désigné coupable volontaire pour endosser la mort et le viol des enfants du coin.

Sur ce postulat de film de genre, Yerzhanov construit un film assez hermétique, porté par une caméra souvent fixe et peu de dialogues. La composition et la mise en image de ses plans sont magnifiques mais sont accompagnés d'une austérité narrative à l'image de l'environnement plat et âpre des steppes du Kazakhstan. Sous les atours du western, A Dark Dark Man reste un film d'auteur de près de 2 heures difficile d'appréhension hormis quelques moments comiques entretenus par le simple d'esprit accusé des meurtres et les situations parfois décalées avec Bekzat, le policier en charge de l'affaire et une journaliste intéressée par le sujet mais vite ramenée à la réalité par la mafia locale. Malgré une ultime bobine libératrice, le film a du mal à se sortir du carcan du cinéma estampillé auteur et se fait contemplatif à l’extrême en oubliant, à mon sens, de raconter son histoire et ce malgré une grande maîtrise visuelle.

 

3,5/6

 

 

LE COUTEAU SOUS LA GORGE – Ecorchure - France – 1986 – Claude Mulot

Pépites de l'étrange

 

Pitch : Mannequin posant pour des photos de charme avec son amie Florence, Catherine se sent suivie et observée. Lorsque cette mythomane notoire déclare avoir été violée ou harcelée au téléphone par un fou, ni la police, ni ses connaissances n’accordent de crédibilité à son témoignage. Jusqu’au jour où un mystérieux tueur commence à décimer tout son entourage...

 

Claude Mulot commence à être un habitué de l'Etrange festival après la diffusion l'an dernier de La Saignée. Surtout connu pour ses films pornographiques sous le pseudonyme de Frédéric Lansac (Le Sexe qui Parle, La Femme Objet), et pour ses longs-métrages horrifiques comme La Rose écorchée, le revoici à l'affiche avec ce pseudo giallo à la française qui tente de rivaliser avec le slasher en vogue dans les années 80 et le jaune à l'italienne sans posséder la puissance et l'aura de l'un ou de l'autre.

Soyons franc, la grande qualité du film réside avant tout dans son casting féminin notamment Florence Guérin (Le Déclic) dans le rôle de Catherine persuadée d'être poursuivi par un maniaque et la Star du X Brigitte Lahaie dans celui de Valérie la Directrice de l'agence de mannequins. Cette dernière qui a eu une véritable carrière dans le cinéma traditionnel avec des titres comme Les Prédateurs de la Nuit. Dommage qu'elle n'ait pu être présente au Forum des images, elle a envoyé une petite vidéo pour raconter quelques souvenirs et anecdotes sur le tournage.

Si Le Couteau sous la Gorge s'inscrit dans le domaine du giallo, c'est parce qu'il reprend certains codes du genre. Le tueur à lame fine et la main gantée, le milieu de la mode et des jeunes femmes magnifiques, victimes en puissance du maniaque se faisant un malin plaisir à les persécuter. Raconter comme ça, le sujet donne forcément envie surtout que le réalisateur n'est pas avare en gros plans sur les corps voluptueux de ses actrices renvoyant souvent le film vers les rives originelles du film érotique. A l'écran, c'est une autre affaire. Si la mise en place de l'intrigue passe le cut, le reste du métrage a bien des difficultés à tenir la route. Les fautes sont multiples, le casting est approximatif et se prend régulièrement le tapis dans un jeu outrancier. Il faut dire qu'il est peu aidé par un scénario troué par des ellipses et finalement racoleur. Et paradoxalement, les meurtres sont vite emballés sans réelle angoisse et reléguer à un second plan.

Globalement, le film ne fonctionne pas, les scènes s'enchaînent sans réelle cohérence et l'attitude des personnages confine rapidement à la rigolade. Un humour involontaire entretenu par des dialogues et des répliques assez ridicules. Le film est néanmoins intéressant sur quelques points. A l'aune du mouvement #MeToo, Le couteau sous la gorge fait son effet dans le rapport entre des hommes tous violents et pervers et des femmes vues comme des objets de plaisir. Le plus drôle restant sans doute la police, la plupart du temps aux fraises faisant passer Catherine pour mythomane quand elle vient dénoncer des viols collectifs qu'elle aurait subis. Des séquences très drôles trouvant leur acmé dans la dernière scène au commissariat immédiatement culte. Au final, hormis la plastique parfaite des actrices, il ne reste pas grand-chose de cette tentative de giallo à la française bien trop sage et mal fagoté qui aurait sa place au premier rang d'un soirée Bis à la Cinémathèque.

 

2,5/6

 

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