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6e Jour à l'Etrange Festival

6e jour à l'Etrange festival avec trois films au compteur, le science-fictionnel russe Sputnik et sa créature en provenance des étoiles d'Egor Abramenko, le survival Hunted en forme de conte violent produit et tourné en Belgique par Vincent Paronnaud, et enfin une nouvelle version du film Grimm de 2003, retitré Grimm Re-edit du hollandais Alex Van Warmerdam.

 

SPUTNIK – Ver solitaire - Russie – 2020 - Egor Abramenko

En compétition

 

Pitch : Lorsqu’un cosmonaute rentre d’une mission spatiale, il peut s’attendre à être accueilli en héros. Semiradov n’a pas cette chance. Unique rescapé de l’accident de son vaisseau, il n’est pas revenu tout à fait seul : une créature vit à l’intérieur de son corps et s’en échappe toutes les nuits.

 

Contrairement à pas mal de productions de SF russes actuelles, Sputnik ne fait pas dans la surenchère visuelle et nationaliste. Situé en 1983 en pleine guerre froide, le premier long métrage d'Egor Abramenko, adapté de son court intitulé Passenger, se veut plus intimiste après le retour sur Terre de deux cosmonautes sur les plaines désertiques du Khazasthan. Dès le départ, le spectateur sait qu'une créature les a accompagnés après avoir tué l'un deux. Elle s'est logée dans le corps de Konstantin Veshniakov (Pyotr Fyodorov, Le Duelliste) sans que celui-ci ne s'en rende compte.

Afin d'étudier son comportement, l'armée par l'entremise du Colonel Semiradov (Fedor Bondarchuk, Le 9e Escadron), demande la participation d'une psychologue scientifique Tatyana Klimova (Oksana Akinshina, Moscow Zero, Wolfhound, l'ultime Guerrier) réputée pour ses méthodes extrèmes. La bonne idée du film reste sa créature en ressemblant à une grosse araignée proche de la saga Alien dont la particularité est de sortir de son hôte en réduisant son corps à l'état larvaire seulement quelques heures de la nuit. Elle grandit ensuite et reste confinée derrière une porte en verre par protection du personnel. La jeune scientifique tente de communiquer avec elle et de comprendre son fonctionnement, notamment si elle est un symbiote, c'est-à-dire si la créature est connectée directement au cosmonaute.

Sur cette base intéressante, Egor Abramenko construit un film lent et bavard multipliant les séquences répétitives entre Konstantin Veshniakov et Tatyana Klimova, persuadée de la symbiose entre les deux entités. Dans sa première moitié, Sputnik reste ainsi cloué dans la psychologie des personnages, les rapports de force entre l'armée et les scientifiques trahissant certainement un budget limité à la base souterraine où le cosmonaute est enfermé, subissant la journée une batterie de tests et d'interrogatoires. Si la confrontation rappelle le questionnement d'Amy Adams dans Premier Contact, Sputnik ne parvient pas à retenir l'attention une fois l'enjeu principal dévoilé. Pire, on arrive à s'ennuyer face à cette idée pourtant séduisante, contrebalancée par une musique emphatique permanente de film d'action pour une situation proche de Garde à vue (!).

Dans la dernière bobine, le film se dynamise enfin (la bonne idée du nourrissage de la créature) au moment où l'alien à pattes parvient à s'échapper pour se confronter aux militaires mais le mal est déjà fait. Le spectateur a perdu toute appétence pour les événements malgré la mise en image correcte. D'ailleurs, l'ultime révélation sur l'origine de la jeune psychologue ne sert pas à grand-chose comme si le scénario était trop ambitieux au vu des moyens déployés, avec toujours cette satanée musique martiale hors de propos. Dommage. Dans le même genre, on préfèrera largement la série B décomplexée Life : Origine inconnue de Daniel Espinosa en 2017.

 

3,5/6

 

 

HUNTED – Cheperon rouge - Belgique – 2020 – Vincent Paronnaud

En Mondovision et en présence du réalisateur et de son équipe

 

Pitch : Un serial killer, c’est déjà beaucoup. Mais lorsque ce sont deux maniaques qui laissent des cadavres de jeunes femmes derrière eux, le pire est à craindre. Eve leur a survécu mais les meurtriers ne vont pas en rester là. Elle fuit à travers les bois avec la nature comme seule alliée...

 

Vincent Paronnaud est un habitué de l'Etrange Festival, en tant que dessinateur sous le pseudonyme de Winlhuss, pour des courts ou moyens métrages (Villemolle 81) ou en co-réalisant des longs-métrages avec Marjane Satrapi (Persépolis, Poulet aux Prunes). Un artiste multiforme qui passe à la réalisation d'un long-métrage en solo avec Hunted, sorte de revisite des contes de notre enfance, le Petit Chaperon rouge en l'occurrence, à la façon d'un thriller brutal teinté d'un fantastique symbolisé par une forêt aux attributs magiques.

Son origine est d'ailleurs rappelée par le prologue en forme de dessin-animé et d'ombres chinoises donnant cet aspect "conte" au film. Il annonce déjà la tonalité du projet et la tournure de l'intrigue principale extrêmement simpliste et prétexte à une course-poursuite entre Eve (Lucie Debay, La Confession) et un duo de dingos amené par Arieh Worthalter (Sympathie pour le Diable) et son complice acolyte diminué psychologiquement (Ciaran O'Brien), rencontrés un soir dans un bar de nuit où la jeune femme voulait oublier ses soucis. Embarquée de force dans la voiture, elle finit dans le coffre après un passage par une station-service, direction l'enfer d'une nuit à être battue et violée. Sauf que les plans de deux psychopathes sont anéantis par un accident de voiture au milieu de ladite forêt, maudite à plus d'un titre.

Sur ce postulat très banal, Vincent Paronnaud construit un film brutal et sans subtilité malgré quelques bonnes idées comme l'exploitation de la nature ou la relecture du Petit Chaperon rouge (Eve est habillée tout en rouge, croise la route d'un chien aux allures de loup). Le problème principal de Hunted est qu'il n'est pas crédible pour un sou. Arieh Worthalter en fait des tonnes pour démontrer sa vraie monstruosité (il ne serait pas à son coup d'essai) et le scénario multiplie les plans gores comme pour compenser une histoire sans réel intérêt hormis l'affrontement entre les deux personnages qui pourrait s'apparenter à un rape en revenge non consommé. Reste la bonne idée de la nature et des animaux (l'accident avec le sanglier, le cervidé utilisé comme un chauffage d'appoint) venant à l'aide de la jeune femme et nous renvoyant aux effluves de Long WeekEnd. Le concept est malheureusement trop mal exploité perdu au milieu de séquences de violence graphique à la limite du ridicule.

Ces situations vont crescendo au moment où Eve se rebelle (Ca devient une norme dans le cinéma récent) et retourne la situation entre réponses sanglantes et humour involontaire. Visuellement agréable, Hunted a néanmoins des difficultés à s'extraire de son concept de série B et de survival violent, bloque dans un lieu paradoxalement clos (une forêt quand même) et des enjeux psychologiques aux abonnées absents, seulement entretenus par le cabotinage du méchant de service tueur, violeur et cinéaste amateur pour mettre sous pellicule ses méfaits. Un méchant on vous dit ! Un film tourné pour les festivals, par exemple le BIFFF dont on imagine déjà les réactions.

 

3/6

 

 

GRIMM RE-EDIT – Conte du Nord - Pays-Bas – 2003 – Alex Van Warmerdam

En Mondovision

 

Pitch : Il était une fois un frère et une sœur qui s’appelaient Jacob et Marie. Au chômage, leur père décida de les abandonner dans la forêt. Dans sa veste, Jacob trouva une lettre de sa mère qui leur disait de se rendre chez leur oncle en Espagne. Ils y parvinrent, et c’est à ce moment que...

 

Autre habitué du festival, le néerlandais Alex Van Warmerdam (Les Habitants, Borgman, La peau de Bax pour lequel il avait remporté le Grand Prix en 2015) revient avec Grimm un film tourné en 2003. Mécontent du montage initial et bloqué depuis sa sortie, le long-métrage refait surface dans une nouvelle version après quatre années de travail. N'ayant pas vu l'oeuvre originale, difficile de se prononcer sur la plus-value de Grimm Re-Edit. Cette nouvelle vision du cinéaste représente donc son director's cut et s'avère réjouissant dans les grandes lignes.

Avec ce film, Van Warmerdam se réapproprie le folklore scandinave et les contes de Grimm à la sauce hollandaise, entre humour de situations et personnages décalés. Dès le départ, on est avec Hansel et Gretel. Marie (Halina Reijn, Black Book) et son frère Jacob (Jacob Derwig, Het Diner) sont abandonnés par leurs parents dans la forêt et décident de partir en Espagne pour retrouver leur oncle. Après plusieurs péripéties comiques avec un couple de fermiers et un voyage de quelques secondes sur une mobylette, notre duo arrive sur les terres désertiques espagnoles.

Le film navigue ainsi à la fois dans une réalité prégnante d'enfants rejetés et des rencontres fortuites accompagnées d'une forme de surréalisme donnant un aspect inattendu et extravagant à certaines séquences. Bien rythmé, Grimm poursuit son chemin et arrête sa course lorsque la fratrie fait la connaissance de Diego (Carmelo Gómez) de sa sœur Dolores (Laura Cepeda) et de leurs domestiques. Si Marie épouse Diego, elle intègre également une famille aux allures d'ogres dont le but final se trouve derrière une porte blindée. Si le film s'enclave légèrement dans la maison située en plein désert, malgré quelques situations ubuesques et l'envie de Diego de se débarrasser de Jacob jaloux de sa sœur et trop entreprenant avec la servante Sofia, la dernière partie s'achève dans un décor de western pour un final théâtral en forme de règlement de compte. Tourné en Andalousie à Alméria, haut lieu de la cinématographie européenne des westerns hollywoodiens, la dernière partie du film détourne les codes du conte et mélange les références, toujours en conservant cet humour décalé et parfois non-sensique d'un long-métrage rafraîchissant, drôle et bien mis en image. Une belle découverte.

 

4/6

 

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