Avant-dernier jour au PIFFF avec deux longs-métrages parmi les plus réussis de la compétition. A commencer par le très poétique Orfeo (2025) de l’Italien Virgilio Villoresi, suivi du très puissant film Néo-Zélandais Mārama (2025) de Taratoa Stappard.
En compétition et en présence de l'actrice principale
Pitch : Orphée, pianiste solitaire, suit la femme qu’il aime à travers une porte mystérieuse menant à un monde onirique peuplé de créatures étranges. Entre amour, musique et souvenirs, il affronte la frontière de la vie à la mort.
Inspiré par le roman graphique Poème-bulles de l’écrivain Dino Buzzati, Virgilio Villoresi réalise son premier long-métrage comme une relecture du célèbre mythe en mettant en scène un Orphée moderne (Luca Vergoni) pianiste émérite qui tombe amoureux de la belle Eura (Giulia Menza). Lorsqu’elle disparaît mystérieusement derrière une porte, le jeune homme part à sa recherche avec l’énergie du désespoir, au risque de croiser dans son voyage subliminal au-delà de l’espace et du temps une cour des miracles bien décidée à l’empêcher de retrouver sa dulcinée.
Sur la base de l’histoire d’Orphée et d’Eurydice, le réalisateur construit une œuvre composite où la plupart des techniques graphiques sont mises à contribution. Tourné en studio sur plus de deux années et adossé à de l’animation 2 D et 3 D, Orfeo est un métrage iconoclaste comme on n’en fait plus. Passé la porte des Enfers, le héros est confronté à un monde imaginaire peuplé de créatures totalement chimériques comme une araignée en stop-motion, des nuages sombres dessinés au fusain ou une veste de costume reprenant vie par la magie des SFX. Les quelques humains présents (mais le sont-ils réellement ?) semblent sortir d’un film de Tim Burton de par leur accoutrement ou de chez la cousine d’Alice aux pays des merveilles pour tenter d’aiguiller, ou de malmener, ce pauvre Orfeo.
D’une durée assez courte, Orfeo doit se voir comme un conte gothique aux accents horrifiques (avec des références à l’Aldilà), peuplé de symbolisme et d’une poésie de tous les instants avec en arrière-fond la présence de la musique et de la danse (Eura est une danseuse classique qui a été inspirée par la propre mère du réalisateur). Il faudra donc lui laisser le temps de s’installer et de profiter du décor en ombre chinoise, des squelettes malintentionnés et des autres aberrations issues de ce cauchemar à la fois irréaliste et bien concret pour son protagoniste, et de se laisser glisser dans les méandres cet étrange voyage sans retour.
4/6
MARAMA – Nouvelle-Zélande/UK – 2025 - Taratoa Stappard
En compétition et en présence du réalisateur
Pitch : En 1859, une jeune femme maorie lutte pour retrouver son identité et sa culture au cœur de l’Angleterre victorienne.
Rarement on a connu une séance aussi prégnante en émotion et en puissance visuelle qui va bien au-delà de la projection, le réalisateur affichant les photos de sa famille sur l’écran du Linder après le film. On y voyait sa mère, à la source de son premier long-métrage, avec sa sœur jumelle ou dans un groupe folklorique pour divertir les colons comme une forme d’humiliation supplémentaire. Mārama est donc le récit d’une réappropriation de sa culture ancestrale sur les terres mêmes du peuple qui vous a oppressée. C’est également le nom d’une femme maorie métis possédant une double identité anglaise sous le prénom de Mary.
La jeune femme débarque dans le manoir situé dans le Yorkshire appartenant à Nathaniel Cole (Toby Stephens) qui l’a fait venir sur ses terres pour des raisons obscures. Sur place, elle ressent le malheur lancinant notamment grâce à ses capacités de voyance lui donnant la possibilité de retracer par procuration le destin tragique de sa grand-mère, sa mère et sa sœur jumelle. Le seigneur du château est un ancien baleinier ayant fait fortune dans ce commerce, parle le maori et possède la reconstitution d’une maison traditionnelle dans son jardin non pas par amour de cette culture mais par une sorte d’appropriation au sens littéral du terme. C’est le secret terrible que découvrira Mārama au cours de voyage où la réalité innommable se fait jour et où son mana et son identité lui ouvriront les portes de son passé afin de venger sa famille et son peuple.
Si le film débute par une vision « draculienne » avec l’arrivée d’une calèche sur les terres sombres et battues par le vent de la campagne anglaise, le film se pare ensuite d’une patine gothique Victorienne dans les couloirs du château lorsque Mārama se « déguise » en anglaise avec une robe de bal lors d’une fête organisée par les anciens colons en l’honneur de son pays d’origine. C’est en fait pour parodier et se moquer de ses ancêtres, grimés et habillés comme des autochtones reproduisant des scènes sous les rires et les moqueries. A ce moment-là, la jeune femme, hors d’elle, réalise un haka de révolte, dévastateur et magnifique en plan séquence. Une scène époustouflante de beauté et de puissance. A l’image du film qui va crescendo dans l’horreur graphique et la découverte des ignominies commises par le propriétaire des lieux et ses sbires. On reste sous le choc de cette histoire peu connue dans nos contrées mais contée dans un film maîtrisé de bout en bout, graphiquement et émotionnellement surpuissant à l’instar de la vengeance sans concession de Mārama pour récupérer sa propre histoire.
5/6
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