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3e Jour au PIFFF 2025

Grosse journée au PIFFF avec quatre longs-métrages, en commençant par Influencers (2025) de l’Américain Kurtis David Harder, suivi de Crazy Old Lady (2025) de l’Argentin Martín Mauregui, la séance culte vraiment irrésistible Mort de Rire (1999) d’Álex de la Iglesia et de conclure avec Appofeniacs (2024) de Chris Marrs Piliero.

 

 

INFLUENCERS – USA – 2025 - Kurtis David Harder

Hors compétition

 

Pitch : Un an après les événements d’Influenceur, CW vit avec Diane dans le Sud de la France, mais l’arrivée d’une influenceuse ravive ses anciens démons et fait basculer leur vie.

 

En 2022, Kurtis David Harder avait déjà fréquenté les allées du Max Linder avec Influencer premier du nom et sa clique de jeunes hommes et femmes se mettant sur la gueule avec une avidité confondante. Avec cette séquelle, située une année plus tard, l’intrigue prend ses aises dans un village au bord de la mer dans le sud de la France où CW (Cassandra Naud), la psychopathe de service, passe des jours heureux avec sa nouvelle fiancée française Diane (Lisa Delamar, Survivre). Ce cadre idyllique est rapidement battu en brèche par la présence d’une influenceuse américaine (Georgina Campbell) lors d’une virée dans un château, CW perdant les pédales à la vue d’un téléphone portable et d’une attitude digne d’une cagole provençale. On la comprend, même si sa façon de répondre à cette arrogance et cette vacuité sont assez radicales, la mort.

Avec cette suite, le réalisateur rechausse les pantoufles du premier opus en confrontant son héroïne à d’autres jeunes prêts à tout pour gagner de l’argent facile et cette première partie du film confirme ses ambitions. Direction Bali pour le deuxième tiers où sa rivale d’Influencer Madison (Emily Tennant) est de retour pour essayer de redorer sa situation. Un an plus tôt, elle avait été accusée d’avoir menti et d’être une tueuse. Bien décidée à se venger, Madison part à Bali pour retrouver sa Nemesis et, croyez-le ou pas, en quelques minutes nos deux prétendantes s’aperçoivent au bord d’une plage. Merci le scénario qui permet également à un influenceur masculiniste de repérer CW dans un café au bord d’une piscine en un tour de manivelle. Visiblement Bali est vraiment aussi petit que le centre-ville de Vesoul.

Bref, si on met de côté ces aspects fort irréalistes, le film se laisse regarder avec un certain plaisir entre les paysages indonésiens, le sud de la France et Paris grâce à une caméra ample et un casting tout à fait acceptable. Dommage que le scénario ne soit prétexte qu’à dézinguer l’ensemble du cast masculin et féminin dans la dernière bobine de manière toujours aussi sanglante en virant au slasher de vacances. Là encore, un flashback sur la fin s’avère complètement inutile, ralentissant le récit et accentuant d’autant plus le sentiment de longueur d’un long-métrage pas si mal foutu au final mais bien trop basique dans son centre névralgique dont le leitmotiv est de défoncer des influenceurs. Peine perdue, ils sont trop nombreux…

 

3,5/6

 

CRAZY OLD LADY – Argentine/Espagne – 2025 - Martín Mauregui

En compétition 

 

Pitch : Une nuit d’orage, Laura demande à son ex Pedro de veiller sur sa mère sénile. Mais quand il arrive, Alicia l’entraîne dans un jeu cruel qui vire au cauchemar.

 

Produit par J.A. Bayona, Crazy Old Lady (ou Vieja Loca en vo) conte le déclin psychologique d’une vieille femme Alicia (excellente Carmen Maura) désormais seule dans sa maison en pleine nuit, son infirmière s’étant visiblement carapatée. Il faut dire que la vieille dame a des absences répétées et sa fille Laura (Agustina Liendo) s’en aperçoit alors qu’elle est en voiture, sa mère lui demandant par trois fois en quelques minutes la recette d’un gâteau. Démunie et loin de la maison de sa génitrice, Laura demande de l’aide à Pedro (Daniel Hendler) afin qu’il se rende sur place notamment pour la prise de ses médicaments.

Par une nuit d’orage, Pedro débarque chez Alicia sans se douter des conséquences. Rapidement, Alicia est en proie a des hallucinations et prend son hôte pour son ancien amant César. Pas le meilleur des hommes et, à son corps défendant, la vieille chipie assomme Pedro et le prend en otage sur un fauteuil grâce à des chaines et des sangles. Désormais engoncé comme un saucisson, le pauvre homme doit subir les ressentiments d’Alicia et le début de sévices parfois très cruels. Avec ce film, le spectateur est en terrain conquis, le scénario nous renvoyant directement à une version latine de Misery, sans les mêmes motivations initiales mais avec des enchainements similaires. A ce petit jeu du chat et de la souris, l’égérie de Pedor Almodovar est assez jubilatoire dans sa schizophrénie et ses pertes de mémoire spontanées.

Dommage que le script perde trop rapidement de sa force une fois Pedro bloqué dans son fauteuil se transformant en un huis-clos et un affrontement entre deux personnes que tout oppose. Fort de ce constat, aucun autre enjeu ne viendra perturber la situation malgré des pistes lancées sur le passé de César, de sa violence et de ses déviances, à l’exception d’une séquence un peu dérangeante. Finalement, le spectateur n’est pas assez bousculé, il subit les quelques châtiments sans réelle empathie tandis que le film tombe dans une certaine routine et des dernières minutes prévisibles. On est donc frustré car la mise en image et l’interprétation sont de qualité sans que le récit n’ait développé suffisamment la question de la vieillesse et du passé de César dans l’antre de cette cousine argentine de Tati Danielle.

 

3,5/6

 

 

MORT DE RIRE – Espagne – 1999 - Álex de la Iglesia

Séance culte

 

Pitch : Nino et Bruno, duo comique adulé, connaissent une ascension fulgurante. Mais plus leur succès grandit, plus la rivalité et la haine s’installent entre eux.

 

Álex de la Iglesia est sans doute un des plus iconoclaste cinéaste espagnol et mondial. Déjà avec Action Mutante 1993, il exposait son univers foutraque et irrévérencieux. Avec Mort de Rire, De la Iglesia explose à la face du monde avec cette satirique ébouriffante et jubilatoire grâce en particulier à son duo comique hors du temps, sorte de Laurel et Hardy encore plus déjanté à la ville qu’à la scène. Le ton est donné dès la séquence d’ouverture dans une discothèque perdue au milieu de la pampa où des militaires ivres la détruisent et la brulent. La première rencontre du futur duo mythique Nino et Bruno.

La suite est un concentré de l’univers onirique du réalisateur de 800 Balles ou du Crime Farpait, avec cet alliage de deux personnalités opposées. Bruno (El Gran Wyoming) est le plus intelligent et manipulateur, il comprend très vite la renommée qu’il peut tirer de l’exploitation de Nino (Santiago Segura) simplement en lui mettant des baffes devant un public hilare. Nino est plus simple et complètement stressé devant la caméra, ce qui lui donne cet aspect un peu niais et sans réaction à la floppée de gifles qu’il encaisse. Après plusieurs concours de circonstances, le duo obtient une gloire nationale inattendue mais c’est surtout le début d’une jalousie maladive entre les deux les poussant dans leurs derniers retranchements.

Le film est une ode à la comédie ubuesque, qui ne serait pas très loin de la Commedia dell’arte italienne avec ses séquences improbables, ses situations absurdes et le retour du splastick dans un joyeux bordel irrésistible. En plus de son humour ravageur, la force du film est de se parer du contexte de la dictature franquiste avec l’utilisation de véritables images de la tentative de putsch du parlement en direct à la télévision ou l’arrivée de l’armée dans les studios pour en prendre le contrôle pendant que nos deux énergumènes se tapent dessus. Au final, Mort de Rire est une véritable pépite de la comédie espagnole qui va bien au-delà de ses blagues potaches. Et la dernière séquence est à l’image du film, drôle et cruelle à la fois.

 

5/6

 

APPOFENIACS – USA – 2025 - Chris Marrs Piliero

En compétition et en présence du réalisateur

 

Pitch : Un jeune homme doué pour créer des deepfakes diffuse des vidéos immorales et destructrices, semant le chaos sans remords, uniquement parce qu’il le peut.

 

Appofeniacs est vraiment un film dans l’air du temps, des jeunes qui passent leur temps sur des applications et l’utilisation de l’IA. Pourtant, le résumé plus haut est assez trompeur dans la mesure où il faut attendre une bonne moitié du métrage pour comprendre que la réalisation de deepfakes est à l’origine d’un chaos sans nom quand un homme croit que sa compagne le trompe avec un de ses amis ou qu’une jeune femme est accusée de racisme suite à des propos qu’elle n’a en réalité pas commis. Problème, on a l’impression que Appofeniacs est monté à l’envers et la sensation de voir un film à sketchs, ce qui aurait pu nous épargner des collages artificiels pour raccrocher les wagons. Et ce n’est pas le seul écueil de ce premier long-métrage du clipper américain Chris Marrs Piliero.

Réalisé en toute indépendance et certainement sans trop de moyens, Appofeniacs est à l’avenant tant par son interprétation plus ou moins aléatoire et une écriture de personnages à la fois caricaturaux et très méta ou nos héros ne peuvent s’empêcher de discourir sur le cinéma (Django Unchained) ou sur la quasi obligation de donner des pourboires après chaque transaction. Sauf qu’on n’est pas chez Woody Allen ou Audiard, les dialogues sont souvent longs, insipides et parsemés de tranches gores où les protagonistes se mutilent involontairement. Du cinéma un peu bricolé et sans grand intérêt dont les ultimes minutes sont le théâtre d’un carnage intégral ultra-sanglant à l’aide d’armes de cosplay sans qu’on ait bien compris la pertinence de l’entreprise et sa sélection en compétition officielle. Pour un film, de et entre potes un peu éméchés ça passe.

 

2,5/6

 

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