Le dimanche, la messe se déroule au Max Linder avec deux longs-métrages, l’animé en stop-motion Junk World (2025) du Japonais Takahide Hori, suivi de l’étrange The Holy Boy (2025) de l’Italien Paolo Strippoli.
En compétition
Pitch : Dans le futur, une équipe d’humains, clones et cyborgs explore un empire robotique, mais tombe dans une embuscade de cyborgs rebelles.
On se souvient encore de la projection de Junk Head en 2017 et son univers presque mutique, organico-steampunk avec des monstres à foison et une stop-motion qui avait demandé 10 ans de travail à son réalisateur et deux collaborateurs pour créer de toutes pièces ce monde mélangeant les humains et les créatures hybrides pour notre plus grand bonheur. C’était donc avec un certain entrain que nous nous apprêtions à replonger dans la psyché un peu tordue de Takahide Hori. La déception est d’autant plus grande, non en terme d’animation, mais au niveau du scénario et de ses partis pris.
Pour ce 2e opus qui est en réalité une préquelle se déroulant 1042 ans avant les événements de Junk Head, la production a augmenté de volume grâce à l’apport d’un crowfunding et de trois nouveaux collaborateurs, pour un total de six personnes capables de finaliser l’œuvre en 3 ans, le générique final permet ainsi de les découvrir en action en train de composer les séquences et de préparer les décors. De ce point de vue-là, le film s’avère impeccable comme le précédent, un travail d’orfèvre mettant en valeur des êtres métissés par des années de civilisation créée par un petit robot afin de sauver l’humanité dans un monde parallèle. Si Takahide Hori développe les origines de sa mythologie, c’est au détriment du récit de son film.
La faiblesse de son scénario, une simple course-poursuite mâtiné d’incessants retours en arrière pour justifier la trahison de certains personnages, couplé à un humour pas toujours de bon goût nous sortant de la dramaturgie du film, font de Junk World une expérience à la fois expérimentale et indigeste sur la longueur. Le choix de nous resservir plusieurs fois les mêmes séquences pour adapter le point de vue de plusieurs protagonistes s’avère assez lourd et resserre son intrigue à la portion congrue. On aurait vraiment voulu aimer ce film tant la technique déployée et l’univers de freaks et BDSM possèdent une capacité de création infinie, mais la répétition des scènes, les partis pris de narration et son comique par moment simpliste ne nous ont pas permis d’y adhérer. Un troisième et dernier opus est en cours de préparation.
3/6
THE HOLY BOY – Italie – 2025 - Paolo Strippoli
En compétition et en présence du réalisateur
Pitch : Un professeur de sport emménage dans un village de montagne apparemment paisible. Mais derrière cette quiétude se cache un secret troublant qui va bouleverser sa vie et celle des habitants.
Le cinéma italien pourrait renaître de ses glorieuses cendres grâce au fantastique et l’horreur comme le prouve The Holy Boy (on lui préfèrera le titre original italien La Valle Dei Sorrisi). Avec ce long-métrage Paolo Strippoli explore les failles émotionnelles et malsaines d’un petit village située dans les montagnes. Un lieu pour le moins ordinaire perturbée des années auparavant pour un événement tragique, un accident de train ayant coûté la vie à une quarantaine de personnes vivant à Rémis. Un trauma qui semble être estompé grâce à un adolescent de 15 ans Matteo (Guilio Feltri) dont l’étreinte rend le bonheur, et donc le sourire, aux habitants. Vénéré comme un Saint catholique, il prodigue régulièrement son « don » dès que quelqu’un en a besoin.
C’est ce que va découvrir Sergio (Michele Riondino) nouveau professeur de sport arrivé pour trois mois en tant que remplaçant. Lui aussi aurait bien besoin d’être réconforter, toujours endeuillé par la mort de son fils au point de boire quotidiennement plus que de raison. La petite communauté de ce village perdu décide de l’aider en lui présentant Matteo. De là va naître une relation amicale entre les deux personnages, en particulier pour aider le jeune homme présenté comme un phénomène de foire et exploiter à ses dépens. Il faut dire qu’au-delà de ses pouvoirs de guérison des tristesses plus ou moins fortes pour les transformer en positif, on comprend progressivement qu’il est capable de contrôler les humains à distance à partir du moment où il les a déjà étreint.
Non content de développer cet aspect fantastique, The Holy Boy embrasse plusieurs thématiques comme le passage à l’âge adulte, la dévotion religieuse et même la question de l’homosexualité au sein d’un scénario solidement charpenté, même si le récit est sans doute un peu trop touffu et aurait pu se cantonner à certains aspects, d’autant plus que l’interprétation est de qualité. Dans la dernière bobine, le film déploie une violence à la fois psychologique et physique, Matteo perdant pied dans sa vie devenue un enfer en l’obligeant à devenir une icône sur pattes. Sa folie devient furieuse envers les habitants (on pourrait penser à Carrie comme évoqué par un spectateur dans le Q&A) jusqu’à un final magnifique, ambigu, et tétanisant.
4/6
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