Après une ouverture musclée, la deuxième journée au PIFFF se pare de trois nouveaux longs-métrages, le Japonais Mag Mag (2025) et son fantôme de Yuriyan Retriever, la séance culte pour le très surprenant Kissed (1996) de la Canadienne Lynne Stopkewich, et pour terminer le voyage interdimensionnel Redux Redux (2025) des Américains Kevin et Matthew McManus.
MAG MAG – Japon – 2025 - Yuriyan Retriever
En compétition
Pitch : Quand son amant est tué par le fantôme Mag Mag, Sanae cherche justice, mais découvre bientôt à qui elle doit sa vengeance.
Faute d’avoir eu l’adresse d’un professionnel de la coiffure, la femme aux cheveux noirs et longs et à la frange mal taillée continue à hanter le cinéma d’épouvante japonais, à l’instar de sa participation dans Mag Mag où le fantôme d’une jeune collégienne harcelée pour son poids et pour la découverte malencontreuse de son béguin pour le gars le plus populaire de l’école. Ses camarades la poussent alors au suicide. Mal leur en prend car son spectre réapparait par le biais d’une malédiction. En se rapprochant de ses anciens harceleurs, elle leur susurre qu’elle les aime, mais c’est déjà trop tard, elle les occis en leur retirant leurs yeux.
Produit par des cinéastes comme Takashi Miike, Mag Mag est la première réalisation de Yuriyan Retriever, a priori une grande vedette comique japonaise dont le ton décalé se perçoit dans une des premières séquences du film où un jeune homme se fait tuer dans les toilettes de son école pendant qu’il est en train de pisser, et son jet d’urine devenu incontrôlable de recouvrir ses amis. Pas très classe, d’autant plus que le liquide jaunâtre servira à écrire le titre du film. Pourquoi pas me direz-vous et les quelques scènes suivantes semblent vouloir se jouer des clichés des films de la J Horror avec un aspects meta, des comédiens jouant avec la caméra comme un interlude pour présenter de nouveaux protagonistes ou des scènes musicales.
Passé les premières minutes, Mag Mag multiplie les personnages, les moments décalés comme si on était dans un autre film et des disgressions perdant le spectateur pendant que le fantôme poursuit sa moisson et tue à tour de cheveux sales et s’attaque même à un petit garçon tandis qu’une jeune femme mène son enquête pour découvrir son origine. Au bout du compte, le récit fait des circonvolutions sur lui-même, le scénario se renvoie la balle sans cesse par des flashbacks intempestifs, accentue les points de vue et se conclut par la découverte du véritable assassin. En réalité, le spectateur (et votre serviteur en particulier qui a par instant fugace piqué du nez) se perd dans ce labyrinthe incompréhensible et trop long nous renvoyant maladroitement à une adaptation du jeu pour enfants Qui est qui ?
2,5/6
KISSED – Canada – 1996 – Lynne Stopkewich
Séance culte
Pitch : Depuis l’enfance, Sandra nourrit une fascination pour la mort. Devenue thanatopractrice, elle s’y épanouit pleinement, malgré l’amour de Matt, un étudiant qui tente de lutter contre son obsession.
Difficile d’imaginer qu’un film sur la nécrophilie puisse s’avérer une comédie sentimentale toute en subtilité. C’est pourtant le pari osé et réussi de la réalisatrice canadienne Lynne Stopkewich (Suspicious River) qui adopte ici un ton doux-amer autour de l’attirance de Sandra (magnifique Molly Parker dont la filmographie ne comporte pas de rôles mémorables même si on souvient d’elle dans Sunshine, alors qu’elle a un vrai talent d’actrice) pour les hommes morts, allongés dans le funérarium avant leur préparation. Il faudra remonter dans son enfance où elle crée des rituels pour enterrer les cadavres des animaux, se permettant même de les renifler et de passer leur corps inerte sur sa peau comme pour se les approprier.
A l’âge adulte, Sandra se fait embaucher comme thanatopractrice dans la maison funéraire de Monsieur Wallis (Jay Brazeau) et commence à s’initier à l’amour interdit. Son destin bascule quand elle rencontre Matt (Peter Outerbridge, Code 8), un étudiant en médecine à qui elle révèle ses penchants déviants pour la première fois. S’il ne semble pas choqué outre mesure, il insiste pour comprendre les désirs de sa jeune compagne au point de sombrer progressivement dans la folie. Sur un sujet aussi particulier et tabou, la réalisatrice construit un film tout en nuance sans jamais chercher à juger son héroïne ni à justifier son penchant pour les hommes froids. Sandra ressent pour eux une attirance irrépressible comme si elle percevait leur aura à travers la mort, et de s’abandonner au plaisir et à la transcendance devenant une drogue dont elle ne peut se défaire.
Parce qu’on n’est pas dans Necromantik, le film se fait sobre sur les dissections des corps, le rapport à la mort et sur les scènes d’amour à l’exception d’une seule fois où Sandra apparaît dans le plus simple appareil et en pleine extase. Kissed peut se voir également comme une comédie romantique, sur les atermoiements amoureux, ses propres travers ou ses envies quelles qu’elles soient. La dichotomie entre le monde bien réel des vivants et celui des morts est représenté par le personnage de Matt, amoureux transi de cette jeune femme évanescente aux pratiques subversives mais, paradoxalement, toujours respectueuses. A l’image de la dernière bobine qui, sans jamais magnifier la nécrophilie, donne une vision à la fois décalée et pragmatique de ces amours obsessionnelles et défendues. Sans doute, aurait-on aimé être un peu plus bousculé et dérangé, mais force est de constater la réussite de cette entreprise aux frontières d’un sujet licencieux.
4/6
REDUX REDUX – USA – 2024 – Kevin et Matthew McManus
En compétition
Pitch : Pour venger la mort de sa fille, Irene Kelly voyage à travers des univers parallèles, pourchassant et tuant le meurtrier à répétition. Prisonnière de sa soif de vengeance, elle risque d’y perdre son humanité.
Avec ce petit film indépendant souligné par les frères MacManus dans une vidéo introductive, Redux Redux explore le champ des voyages entre les dimensions au moyen d’une machine ressemblant à un cercueil customisé. Irene (Michaela McManus, la sœur des deux réalisateurs et connue pour sa participation à la série Les Frères Scott) parcourt ainsi différents mondes interdimensionnels où elle pourrait retrouver sa fille avant qu’elle ne soit massacrée par un tueur en série. A chaque passage sur une nouvelle Terre, elle ne peut s’empêcher d’assassiner cet homme par vengeance comme si son destin était voué à cette malédiction perpétuelle. Si elle parvient à chaque fois à échapper de justesse à la police, à une occasion, elle est contrainte d’embarquer avec elle Mia (Stella Marcus) une adolescente fugueuse obligée de fait à participer à cette épopée désespérée.
Certes, le film à des aspects proches de la Saga Terminator comme cela est mentionné un peu partout, mais il nous renvoie également à la récente série très réussie Dark Matter avec Joel Edgerton et Jennifer Connelly où les héros voyagent également dans plusieurs réalités alternatives. Dans Redux Redux, la question est la même à chaque fois, sauf que le petit caillou Mia dans la chaussure de Sandra change ses prévisions. Malgré son concept initial un peu farfelu, le film s’avère crédible et parvient à maintenir crédible sa mythologie, à l’image des effets visuels lors des transferts, même si on perçoit par instant certaines incohérences et la capacité à choisir les destinations qui semblaient pourtant aléatoires. Péché véniel au regard de la charpente d’un film suffisamment solide pour se permettre des itérations de personnages et de situations.
4/6
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