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4e jour au PIFFF

Cette 4e journée est montée en puissance progressivement mais sûrement avec l'italien un peu rétro The nest de Roberto De Feo, la comédie irlandaise (et un peu Belge) Extra ordinary du duo Mike Ahern et Enda Loughman, pour se terminer avec le sublime uppercut Jallikattu de l'indien Lijo Jose Pellissery.

 

THE NEST – Italie – 2019 - Roberto De Feo

 

En compétition et en présence de l'équipe du film

 

Pitch : Samuel, un jeune garçon paraplégique, est consigné à domicile par son intraitable mère, avec interdiction formelle de quitter le domaine. Son quotidien assez anxiogène s’illumine à l’arrivée d’une nouvelle domestique, Denise. Il va se sentir de plus en plus prompt à braver les interdits maternels...

 

Le réalisateur était présent en compagnie du scénariste, de l'actrice principale et d'un autre comédien dont l'identité n'a pas été révélé, et pour cause. Nous y reviendrons. The nest débute sous les meilleurs auspices avec une séquence de pré-générique où un enfant est sauvé d'une maison en flamme avant un accident de voiture. Dix années plus tard, on retrouve le petit garçon dans un fauteuil roulant, coincé dans une maison avec des adultes pour s'occuper de lui et l'empêcher de sortir du domaine campagnard qui l'entoure.

Autant l'avouer tout de suite, je n'ai rien compris aux différents enjeux développés qui sont déflorés dans le climax, rien vu des indices disséminés ou des allusions sises dans le scénario. Pourtant, The nest est visuellement très réussi notamment son château aux allures gothiques renfermant un secret que tous les protagonistes cherchent à cacher à Samuel (Justin Korovkin). En premier lieu sa mère Elena (Francesca Cavallin) sorte de maîtresse sévère et ultra protectrice. Son visage émacié et son chignon traduisent la relation ambiguë avec Samuel qui vit comme un reclus sans connaître la vie extérieure. L'arrivée de la jeune Denise (Ginevra Francesconi) change la donne avec sa candeur et son sourire ravageur. Elle éveille le garçon à l'amour et au monde en général, en lui faisant écouter un tube rock, bien différent de la musique classique, seule ritournelle entendue dans la maison.

Si The nest reste agréable dans son ensemble, il possède quelques longueurs entre certaines séquences très courtes mettant en évidence la douleur de l'enfant et de sa mère ou d'autres ouvrant des portes sans jamais les refermer, à l'image du rêve d'une créature horrifique se baladant dans les couloirs ou d'une cérémonie pour sacrifier une servante. On sent bien que quelque chose ne tourne pas très rond dans cette demeure gardée par deux hommes armés, avec la présence du médecin (Maurizio Lombardi) qui pratique des séances de torture en utilisant un matériel digne d'un hôpital psychiatrique. Par instants, quelques scènes font penser à du cinéma français trop rigide et d'autres à une horreur européenne des années 70, mais le mélange a des difficultés à trouver sa place même si la mise en images et le casting sont de haute tenue.

La dernière bobine dévoile le pot aux roses et l'origine du tourment des personnages. Un final horrifique forcément déjà vu mais pas si ridicule quand on remet les pièces du puzzle dans l'ordre, même si votre serviteur a mis du temps à comprendre ce final. Bref, dans une dernière image on voit apparaître un personnage à l'allure de monstre, c'est en fait Troy James, contorsionniste de son état (il a fait une créature chez Del Toro ou dans le dernier Hellboy) qui apparaît 10 secondes dans le film afin de matérialiser un être au corps difforme. Le jovial Troy a fait une démonstration de son talent en se déplaçant dans la salle “à l'envers”. Impressionnant, mais à l'instar de son micro rôle dans le film, on ne saisit pas vraiment cette intervention, hormis pour le faire apparaître à l'écran par amitié.

 

3,5/6

 

 

EXTRA ORDINARY – Irlande/Belgique - 2019 - Mike Ahern et Enda Loughman

 

En compétition et en présence du réalisateur

 

Pitch : Rose Dooley a juré de ne plus se servir de son “talent” médiumnique pour privilégier sa carrière de monitrice d’auto-école. Son serment sera mis à l’épreuve à la fois par un charmant veuf sans cesse houspillé par l’esprit de sa défunte épouse, et par un chanteur de variétés suppôt du Malin.

 

Récompensée par le prix du public au BIFFF, cette petite production irlando-belge a tout du feel good movie avec son concept absurde et ses personnages décalés issus de la campagne irlandaise. Le ton est donné dès la première séquence où un médium apparaît dans une émission tourné en VHS sur le paranormal où il exorcise une poubelle ou un animal. Décédé, c'est sa fille Rose (Maeve Higgins) qui reprend les rênes de l'entreprise grâce à sa capacité à parler avec les esprits. Son talent est utilisé pour aider Martin (Barry Ward, Maze) dont la fille est en lévitation dans sa chambre suite à l'envoûtement pratiqué par l'ancien chanteur à succès Christian Winter (Will Forte, la série The last man on earth).

Le début du film est assez hilarant, les situations comiques se succédant grâce à l'apport de personnages loufoques qui évoluent dans un univers où un grille-pain ou un objet de la vie courante peut prendre vie. Jamais condescendant avec leurs personnages, les deux réalisateurs instaurent une bonne humeur et un humour non-sensique bienvenu qui piocherait autant dans S.O.S Fantômes que dans fantômes contre fantômes. Will Forte tire ainsi son épingle du jeu avec son personnage de chanteur raté et ringard adepte du satanisme qui cherche une vierge avec son bâton à bites pour invoquer Satan et créer un nouveau tube. Tout un programme pour les meilleures scènes du film.

La comédie est donc présente à tous les étages, les répliques font souvent mouche et les acteurs donnent le change, paraissant crédibles dans ce monde complètement absurde, au milieu d'effets visuels très réussis. On retiendra par exemple la course-poursuite au ralenti ou la façon écœurante de récupérer des ectoplasmes comme après avoir vomi du sperme. Sur la longueur, le film perd néanmoins son souffle, la comédie fait place à une histoire d'amour et la redondance des situations se fait jour avant un final plus dantesque à l'échelle de ce petit long-métrage. Dans le climax, la plupart des protagonistes se retrouvent lors de l'apparition d'un démon et déclenchent une série d'événements drôles et percutants qui concluent Extra ordinary sur une note plus positive. Certes, on n'est pas devant un chef-d’œuvre mais la bonne humour communicative du projet et son humour outrancier, mais jamais vulgaire, méritent bien un visionnage.

 

4/6

 

JALLIKATTU – Inde – 2019 - Lijo Jose Pellisser

 

Hors compétition

 

Pitch : Lors de la fête tamoule du jallikattu, un taureau est lâché sur une place, et les plus vaillants tentent d’attraper la bête pour un tour de rodéo. Le film pervertit cette tradition avec un buffle en cavale d’abattoir, et le village entier à sa merci. Aux destructions matérielles se mêlent d’autres dommages...

 

Pour finir la journée, le PIFFF avait inscrit au programme un long-métrage indien en langue malayalam (du sud de l'Inde). Si le long-métrage de Lijo Jose Pellissery (Double barrel) n'est pas à proprement dit fantastique (même si les effluves du survival et du monster movie sont présentes), il constitue une grosse claque en terme de mise en scène et de proposition de cinéma à la fois folle et fascinante. L'histoire tourne autour de la fuite d'un buffle avant d'être tué pour servir de nourriture. Désormais en liberté et en fureur, il sème la panique dans la petite communauté, détruisant tout sur son passage, qui a bien du mal à s'organiser pour récupérer ce buffle. Au-delà de sa recherche, l'animal cristallise surtout les tensions entre les différentes communautés et le ressentiment de certains personnages qui possèdent un passif lié à une trahison.

Mais la grande force du film reste sa proposition cinématographique complètement hallucinée où chaque séquence semble tournée à l'instinct avec une énergie de tous les instants. Cette pulsion de vie bouillonne au milieu d'un maelstrom de villageois en perpétuel mouvement suivis par un caméra à l'épaule au plus près d'eux. Immergé parmi la foule, le spectateur prend de plein fouet cet ouragan d'humanité criarde et vibrante. La mise en scène est sublimée par un 4K extraordinaire et un travail sur le son omniprésent, trop fort traduisant la folie qui s'empare du village. A ce niveau-là, on a rarement vu ce spectacle hors norme au cinéma, la caméra de Lijo Jose Pellissery génère des plans séquences d'une pureté absolue en suivant certains protagonistes au milieu des ruelles ou en focalisant sur la nature. Une narration complètement libre et en même temps totalement maîtrisée qui donnent un résultat proprement différent et addictif.

Jallikattu est de plus un film éminemment politique car il charrie au passage des réflexions sur le traitement des femmes, le rapport avec les autres communautés et sur la résolution du conflit qui ne passerait forcément que par la violence. Un simple fait, traité de façon presque comique et décalé au départ, engendre le dérèglement d'une société patriarcale et a des conséquences bien plus importantes que prévu. Avec bruit et fureur, on suit ces personnages tombés dans une folie sourde et cruelle aux lisières du fantastique quand, sur la fin, la démence collective prend le pas sur l'humanité. Porté par leurs instincts grégaires, les hommes font de cette chasse à la bête, une descente littérale vers leurs instincts primaires les plus bas, un retour à l'animalité symbolisée par la dernière séquence prodigieuse de fureur et de beauté. Un amoncellement de corps formant une pyramide humaine après s'être déversé sur la bête et sur eux-même depuis les collines.

Balloté dans cette mécanique tournoyante, le spectateur en ressort rincé et haché, pris par cette machine à retourner les humains, comme une bouffée de vie en accéléré jusqu'à la mort, seule alternative et qui renvoie à une humanité primale dans l'ultime plan. La mise en scène de Lijo Jose Pellissery est au diapason, bluffante et folle pour un long-métrage complètement indescriptible. Une véritable expérience à la fois sublime et déroutante.

 

5/6

 

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