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4e Jour

Deux films européens au menu quotidien du PIFFF :

  • Alleluia de Fabrice du Welz

  • Shrew's nest de Juanfer Andrés et Esteban Roel

 

ALLELUIA – Thriller - 2014 – France/Belgique – Fabrice du Welz (en compétition)

 

Pitch : Lorsque Gloria accepte de rencontrer Michel, contacté par petite annonce, rien ne laisse présager la passion destructrice et meurtrière qui naîtra de leur amour fou...

 

Alleluia est une adaptation libre d'une affaire qui avait défrayé la chronique dans les années 40. Elle était déjà apparue au cinéma dans Profundo Carmesi de Arturo Ripstein en 1996, et surtout la plus connue, Les tueurs de la lune de miel de Leonard Kastle en 1970. Un fait divers macabre remis au goût du jour dans un contexte différent et en Belgique.

C'est Fabrice du Welz (Calvaire, Vinyan) qui s'attaque à cette histoire et la transporte dans un quotidien plus actuel des Ardennes. Un cinéaste exigent, sans compromis, comme sa volonté de tourner le film en 16mm. Pour des problèmes de calendrier, il s'associe à Manuel Dacosse qui a travaillé avec Cattet et Forzani sur L'Etrange couleur des larmes de ton corps. Et, cela se ressent à l'écran dans certaines scènes possédant une teinte bleutée, voire rouge ou jaune. Un travail que l'on retrouve aussi sur la qualité de l'image, volontairement granuleuse. Un parti pris un peu casse-gueule qui en pourra en dérouter certains, car il faut bien avouer que l'on ne voit rien dans les scènes nocturnes.

Au-delà de ces contingences techniques, Alleluia est un film réussi qui se tient bien mieux que les précédents essais du sieur de Welz, grâce à un scénario qui privilégie l'humain, en bannissant le côté voyeur qu'une telle entreprise aurait pu engendrer. Certes, quelques scènes sanglantes sont présentes mais elles se justifient au regard de la situation. La grande force du film vient en fait de ses acteurs, et de la symbiose du couple formé par Michel, Laurent Lucas (Harry, un ami qui vous veut du bien, Calvaire) magnétique en arnaqueur de bas étage, au regard vert qui arrive à séduire toutes les femmes. Une puissance de jeu le faisant passer de l'humour à la terreur en un clin d’œil. Face à lui, Gloria, Lola Dueñas (Parle avec elle, Volver) tombe folle amoureuse et se lance à corps perdu dans une passion destructrice, à tel point qu'elle devient aussi folle, même plus que son amant d'infortune. Elle semble presque devenir bipolaire, faisant des caprices d'enfant jusqu'à des colères hystériques.

Comme hors du temps, le couple ne semble pas réaliser les actes qu'ils commettent, notamment, dans cette scène où ils vont au cinéma voir "Africa Queen", et s'identifient aux personnages de Borgart et Hepburn, preuve que leur inconscient a pris le dessus. Filmé au plus près des personnages, Alleluia est un film âpre, difficile d'accès sur la forme, mais qui possède néanmoins une force intérieure grâce à ses comédiens et des scènes fortes comme lorsque les deux amants maudits nus, véritable Bonny and Clyde, pratiquent une sorte de rituel d'incantation.

 

Note : 4+ / 6

 

 

SHREW'S NEST – Thriller - 2014 – Espagne – Juanfer Andrés et Esteban Roel (en compétition)

 

Pitch : Deux sœurs, dans l'Espagne d'après-guerre, recueillent un homme blessé dans leur appartement. Mais la plus âgée, agoraphobe, va bientôt révéler un comportement autrement plus agressif.

 

Un 1er film pour deux réalisateurs espagnols, placés sous la houlette d'Alex de la Iglesia (Action mutante) pour un huis-clos qui se tend et devient de plus en plus violent. Le titre d'origine est peut-être plus parlant (Musaranas), car il fait référence à de petites souris renvoyant aux deux sœurs qui, sans faire de bruit, se faufilent dans les recoins de la maison, devenant pour elle une prison où elles tourneraient sans cesse.

En effet, Montse (Macarena Gomez) est recluse dans son appartement, dans l'impossibilité de sortir suite aux conséquences de son enfance tourmentée. A l'image de Sigourney Weaver dans Copycat, Montse est agoraphobe et s'est créée un monde tournant autour de la dévotion à Dieu, inflige à sa sœur des sévices corporels, résurgences d'une époque oubliée. Le film est assez long à démarrer malgré le soin pris à présenter le rapport entre les deux femmes, jusqu'à ce que Carlos (Hugo Silva) entre dans leur de manière inattendue.

Shrew's nest prend alors les atours du thriller dans un lieu unique. Carlos, la jambe cassée, est coincé dans une chambre, prisonnier involontaire du délire obsessionnel de Montse. On pense fortement à ce moment-là au roman de Stephen King Misery. Pour corser le tout, elle voit en permanence son père disparu (excellent Luis Tosar). Des apparitions bien amenées par la réalisation et qui confirment la folie de la jeune femme, perclus de remords et désir inassouvie. Une dernière partie qui tourne alors au cauchemar sanglant. Les deux réalisateurs ne nous épargnent ainsi rien des excès de violence de la jeune femme.

Une ultime bobine qui va taper fort et nous renvoyer à d'autres productions espagnoles comme celles de Guillermo del Toro. Des séquences gores un peu inattendues mais qui s'inscrivent parfaitement dans l'histoire jusqu'à un twist renversant. Au final, Shrew's nest est un 1er film intéressant même s'il peine un peu à développer son sujet, bénéficiant de l'apport de comédiens confirmés et d'un script resserré autour de la folie d'une femme perdant inexorablement pied.

 

Note : 4 / 6

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Commentaires: 4
  • #1

    Rigs Mordo (samedi, 22 novembre 2014 14:38)

    Excellents papiers! Autant je n'arrive pas à être attiré par le Du Welz autant je trouve que le film espagnol semble très bon, ça me tente en tout cas! Un coté Misery comme tu dis, et vu que j'aime bien les huis-clos du style, ça me va parfaitement! Faudra que je me tape ça! Merci pour la découverte!

  • #2

    Dirty Max 666 (samedi, 22 novembre 2014 15:04)

    J'aime bien "Calvaire" et l'histoire des tueurs de la lune de miel (le film de Leonard Kastle est une bombe). Par conséquent, je vais me laisser tenter par cet "Alleluia", que j'espère immersif, radical et bien remuant. Il sort d'ailleurs la semaine prochaine, il me semble, en même temps que le très intéressant "Night call" avec Jake Gyllenhaal.

  • #3

    laseancearoggy (samedi, 22 novembre 2014 17:07)

    A Rigs Mordo,
    Si tu aimes les huis-clos, tu risques d'être servi ! Je ne suis pas sûr que le film sorte au ciné mais peut-être en DVD...

  • #4

    laseancearoggy (samedi, 22 novembre 2014 17:13)

    A Dirty Max,
    Je pense que le voyage ne te laissera pas indifférent, à moins que la granularité du film te rebute. Hâte de lire ton sur "Alleluia" sur ton site. Je n'ai pas vu "Night Call" mais les retours des festivaliers sont très bons.