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3e jour

 

Une journée chargée en ce 3e jour avec du serial-killer ricain, du redneck australien, des lesbiennes perverses hongro-anglaises et un documentaire canadien sur l'horreur. Un mélange détonnant et une diversité qui fait plaisir. C'est bien ce que l'on attend d'un tel festival.

 

BAG BOY LOVER BOY – 2014 – USA – Andres Torres (en compétition)

 

Pitch : Un jeune vendeur de hot‐dogs au physique atypique est démarché par un photographe de charme pour une séance qui va virer à l'initiation traumatique.

 

Encore un film d'un réalisateur qui a l'air aussi barré que son sujet (une présentation vidéo avant le film qui vaut son pesant de cahouettes).

Bag boy lover boy peut se résumer à l'éclosion sanglante d'un jeune paumé, vendeur de hot-dogs, vivant dans une chambre miteuse. Sa vie bascule, en effet, le jour où il va devenir le jouet d'un photographe pervers. Albert (John Wachter) possède un physique très particulier, mélange de Droopy et de freak, un monstre de foire utilisé comme mannequin pour les délires pseudo-artistiques d'un artiste célèbre de la photo, Ivan (Theodore Bouloukos).

Car le film d'Andres Torres est aussi une dénonciation du monde de la photographie, et du monde de l'art branché en général, par des personnages auto-proclamés génies et de fait condescendants. En invitant Albert à des jeux pervers pour faire ses clichés (il lui demande de mettre un sac sur le mannequin face à lui et de l'étrangler), Ivan va provoquer des réactions en chaîne chez le pauvre quidam, limité intellectuellement et aux réactions psychotiques.

Lâché dans le monde avec un appareil photo, Albert se prend pour un vrai artiste et invite des filles dans l'atelier de travail d'Ivan, où il leur reproduira les excès de son mentor avec le mimétisme d'un singe savant. Pour épater son amour secret et assouvir ses fantasmes refoulés, Albert se livre alors à toutes sortes de mises en scènes macabres allant jusqu'à passer à l'acte sans retenues. Pourtant, le film n'est jamais repoussant visuellement. Il est même drôle notamment lors des séances de poses, avec les réactions d'Ivan pour motiver Albert ou les attitudes de ce dernier, qui trouvera en plus une utilisation culinaire et rapide de ses méfaits sur la gente féminine.

Le réalisateur instaure une atmosphère tout à fait particulière, entre le film indé américain (l'action se passe à New-York) et les œuvres malsaines des 70's dans des décors de studios photos qui pourraient rappeler certains giallos. Bag boy lover boy est aussi une photographie de l'Amérique des laissés pour compte, des travailleurs pauvres qui cotoient des nantis dans un même lieu. Une Amérique oubliée qui prendra sa revanche lors de cette rencontre fortuite, et virera au cauchemar pour un petit film qui laissera une impression agréable en bouche.

 

Note : 4 / 6

 

 

WAKE IN FRIGHT – 1971 – Australie/USA – Ted Kotcheff (séances cultes)

 

Pitch : John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans la petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l'affaire d'une nuit s'étend sur plusieurs jours...

 

Quand Ted Kotcheff, futur réalisateur de Rambo s'attaque à l'outback australien avec une équipe internationale, cela donne une virée en enfer comme on en a rarement vu sur un écran.

Le film s'ouvre sur un plan circulaire montrant l'étendue des paysages, le sable à perte de vue comme si dès le départ on comprenait qu'il n'y aurait aucune échappatoire. Instituteur dans un coin paumé, John Grant (Gary Bond) ne va pas aller en enfer car il y est déjà. Malheureusement pour lui, en passant par la ville de Yabba, il va découvrir l'entrée de la porte des enfers. Une descente vertigineuse à l'image des litres de bière qu'ingèrent la population locale.

Sous un soleil de plomb infernal, John se joint rapidement à la faune locale, sorte de rednecks aussies versés sur la picole, le jeu et la chasse. Des personnages très affables qui offrent tout à John sans contrepartie, à l'image de succubes essayant de l'entraîner vers ses côtés les plus sombres. Si, au départ, l'instituteur tente de résister aux tentations, il est bientôt pris dans une spirale particulièrement âpre et arrosée. Oubliant jusqu'à sa petite amie qui l'attend à Sidney, John bascule vers ses désirs les plus primaires comme une forme d'auto-destruction et se laisse aller à ses bas instincts sans retenus.

Il faut dire qu'il est bien entouré par des hommes qui passent leur journée à boire jusqu'à plus soif à l'instar de condamnés à une prison perpétuelle. Ils se permettent tous les excès, n'ont aucun respect pour les femmes ou les animaux qu'ils chassent pour le plaisir de tuer (les scènes de massacres des kangourous sont assez dures). A leur tête, on retrouve le célèbre docteur Loomis de la série des Halloween, Donald Pleasance, qui montre tout l'étendue de son talent en toubib alcoolique à la fois terrifiant et touchant. Dans la 2e moitié du film, John est totalement sous l'emprise de ces congénères de fortune et pour ne pas être conscient de ce qui lui arrive, il se saoule jusqu'à plus soif, jusqu'aux confins de la folie.

Wake in fright est magnifiquement filmé dans des décors de fin du monde sublime de beauté et de dureté. Entre la poussière, la sueur et l'alcool qui tâchent les vêtements et les âmes, le réalisateur montre ses personnages non pas comme des monstres (ils ne seront jamais violents envers Jack) mais comme des animaux, des saoulards perdus au milieu du déser, capables de se battre et de tuer parce qu'il n'y a plus de règles en enfer. Un western terrifiant des antipodes qui pourra même renvoyer à Delivrance pour un scène vers la fin, conclusion tragique d'un récit frénétique à la lisière du fantastique (Jack essaie de fuir mais n'y parvient pas, et revient toujours à Yabba, véritable antichambre du diable).

Wake in fright est donc un grand film qui, semble-t-il, correspond bien à une forme de réalité australienne. Un grand-huit qui ne fait pas la promotion de l'office du tourisme australien, sauf si on a envie d'aller se taper une fête d'enfer.

 

Note : 5 / 6

 

 

THE DUKE OF BURGUNDY – 2014 – UK – Peter Strickland (en compétition )

 

Pitch : Une lépidoptériste (spécialiste des papillons) austère entretient une relation sadomasochiste avec sa femme de ménage, jeune et soumise à tous ses désirs.

 

Peter Strickland n'a pour l'instant réalisé que trois films, dont Berberian sound studio était particulièrement réussi en rendant hommage aux giallos et à un tout un pan du cinéma italien de genre des 70's. Il nous revient donc dans ce nouvel opus, tourné cette fois-ci vers les côtés pervers et retors de l'âme humaine.

The duke of burgundy pourrait s'apparenter comme un successeur des films lesbiens de Jess Franco, puisque l'on suit le quotidien de deux femmes amantes dans leurs jeux de séduction. Les deux premières scènes sont ainsi assez malignes car elles nous induisent en erreur pour justement nous faire entrer de plein pied dans les jeux érotico-pervers de ces deux personnages. Un jeu du chat et de la souris possèdant une aura saphique très esthétique.

Comme toujours chez le réalisateur, la photographie est magnifique, les paysages et les décors ressemblent à des tableaux de maîtres et ces plans ne sont pas sans rappeler le travail de Kubrick dans ses films. De la même manière, les variations des sons, de la musique et du bruitage confèrent au métrage une atmosphère étrange et vénéneuse.

En revanche, ce sublime écrin s'avère bien vide au final, car le film ne raconte rien et s'enferme, à l'image des papillons accrochés derrière des panneaux en verre, dans un ennui, certes beau, mais réel. Dommage, car la relation sado-masochiste entre les deux femmes aurait pu être développée et aller vers une perversité morbide. Or, le film tourne en rond comme ses actrices qui reproduisent sans cesse les mêmes mouvements, entrecoupés de plans extérieurs ou de conférences sur les papillons. Une analogie un peu balourde entre les deux femmes coincés dans leur amour pervers et les animaux dont la vie est figé à jamais.

Le film ne devient jamais malsain, malgré l'intervention d'un personnage leur proposant la confection d'un urinoir humain (!?!). Au contraire, il est toujours propre sur lui et pire encore, n'est réellement jamais érotique (on n'est bien de Jess Franco finalement). Du coup, sans empathie pour les personnages, on ne comprend pas bien leurs fantasmes et leurs attitudes redondantes. A tel point que le film s'éternise pour le spectateur et semble interminable, comme si le réalisateur n'avait plus rien à dire mais le disait quand même.

Il est donc difficile d'adhérer à The duke of burgundy sur la forme, alors que le réalisateur possède le talent et le sujet pour mettre en place une mécanique de la perversion réjouissante. Visuellement très beau, le film se perd en conjonctures esthétisantes au détriment d'un récit qui ne dit rien sur ces femmes pourtant magnifiques.

 

Note : 3 / 6

 

En préambule de la dernière séance, nous avons eu droit à 11 minutes du futur doc sur les effets spéciaux, Creature designers – the Frankenstein complex d'Alexandre Poncet et Gilles Penso (Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux). Un régal pour ces extraits qui s'annoncent déjà comme une réussite pour ce film qui devrait sortir en 2015.

 

 

WHY HORROR ? – Documentaire - 2014 – Canada – Nicolas Kleiman et Rob Lindsay (hors compétition)

 

Pitch : Un fan de cinéma d'horreur s'interroge sur les racines profondes de sa passion et part mener l'enquête aux quatre coins du monde.

 

Why horror ? est un documentaire réussi car il ne s'enfère pas à faire l'apologie de l'horreur par le biais uniquement de geeks ou autres aficionados du genre. Tal Zimmerman, au travers de sa propre expérience, part de son enfance pour expliquer son amour du cinéma d'horreur. On le voit ainsi envoyer son frère à l'école avec un maquillage horrifique ou dévoiler ses premiers émois cinéphiliques.

Même si le documentaire part un peu dans toutes les directions et essaie d'embrasser tous les pans de l'horreur, il faut bien reconnaître qu'il est sympathique au final. On suit avec bonheur Zimmerman au cours de ses périgrinations essayait de montrer qu'aimer l'horreur n'est pas une perversion ou une mauvaise chose. Comme s'il cherchait à se dédouaner lui-même de son penchant, il nous entraîne de l'Angleterre au Japon, en passant par le Mexique pour montrer que les visions horrifiques ne datent pas d'hier, et existaient déjà au Moyen-âge ou dans d'autres civilisations antérieures.

Le film se laisse donc regarder avec plaisir entre les interviews de fans du genre ou de personnalités comme John Carpenter ou George Romero. Le tout entrecoupé d'extraits de films d'horreurs connus ou improbables comme le Manoir de la terreur, un des premiers souvenirs émus de Zimmerman.

La force de ce documentaire est d'essayer d'expliciter, même de manière scientifique (ce qui nous vaut une séquence très drôle avec sa mère pour une expérience à l'Université) pourquoi on peut aimer les films d'horreur et être tout à fait normal dans la vie. Il fait ainsi intervenir des sociologues, des chercheurs et un panel d'amoureux du genre qui expliquent leur passion.

Un plaidoyer qui ne va que dans un seul sens mais qui est étayé par de nombreux arguments et d'où il se dégage une rélle empathie pour cet avenant personnage, collectionneur de VHS et d'affiches de vieux films, qui a fait de sa passion son métier et un art de vivre.

 

Note : 4 / 6

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Commentaires: 7
  • #1

    Rigs Mordo (vendredi, 21 novembre 2014 15:02)

    Excellent compte rendu, qui m'a donné envie de manger des hot-dogs. Et d'uriner (mais pas dans un urinoir humain). Je ne connaissais pas Wake in Fright et ce que tu en dis est plutôt séduisant! Bon sans surprise, c'est le docu qui m'attire le plus, ça tu le savais déjà, je suis donc rassuré si tu l'as trouvé bien foutu! Vivement une sortie! Et encore merci pour ces reviews bien utiles pour ceux qui ne savent pas se rendre aux fest, que ferions-nous sans toi ? :)

  • #2

    laseancearoggy (vendredi, 21 novembre 2014 16:29)

    Merci Rigs pour ton passage quotidien. Ce que je n'ai pas encore dit c'est qu'une des punitions récurrentes du film était d'uriner dans la bouche de sa compagne. Il vaut mieux en rester aux hot-dogs...
    Je te conseille chaudement "Wake in fright" qui devrait te faire aimer encore plus l'Australie, si ce n'était déjà le cas avec "Mad Max".

  • #3

    Rigs Mordo (vendredi, 21 novembre 2014 17:18)

    Hot-dog et uro, La séance à Roggy devient interdite aux moins de 18 ans... Ca me plait bien! ahaha

  • #4

    ingloriuscritik (vendredi, 21 novembre 2014 17:46)

    On peut dire que tu as du P.I.F.F., et en plus on arrive grâce a tes comptes rendus (toujours) savamment chroniqués a presque en respirer les odeurs ! cette agitation olfactive fait du bien au gars de la narine frustré que je suis de ne pouvoir assister a cet évènement .
    je ne connaissais pas ce ted RAMBO kotcheff de Wake in fright mais énorme addict a l'outback australien , j'en ai les papilles qui bondissent (mon coté kangourou !) .
    le BAG BOY LOVER BOY me tente beaucoup , les effluves flatteuses de giallo n'étant pas monnaie courante ...
    beaucoup moins tenté par le saphique THE DUKE OF BURGUNDY ...
    Par contre le docu , yes i want !
    merci pour ta chro


    Wake in fright

  • #5

    laseancearoggy (vendredi, 21 novembre 2014 18:01)

    A Rigs Mordo,
    Je savais que je pouvais toucher ton petit cœur avec des choses simples :)

  • #6

    laseancearoggy (vendredi, 21 novembre 2014 18:04)

    A Ingloriouscritik,
    Merci pour tes visites et, comme Rigs, je te conseille vraiment "Wake in fright". S'il n'y avait qu'un titre à retenir ce serait bien celui-là. Va falloir sérieusement les gars que vous vous le procuriez pour que je puisse lire une chronique chez vous !

  • #7

    ingloriuscritik (samedi, 22 novembre 2014 13:17)

    il cherche , il trouvera , il regardera et il chroniquera .ps : par contre le premier qui a des infos pour l'aide au trouvage ....