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4e jour à l'Etrange Festival

Direction l’Est ce samedi malgré les problèmes techniques au niveau d’un son défaillant en guise de faux départ pour la première séance. Cela aurait été dommage de rater la très drôle comédie kazakhe Sweetie You Wont Believe It de Yernar Nurgaliyev, et le surprenant et enfiévré La Fièvre de Petrov de Kirill Serebrennikov.

 

SWEETIE YOU WON'T BELIEVE IT – Tarantinesque - Kazakhstan – 2021 - Yernar Nurgaliyev

En compétition

 

Pitch : Suite à une violente dispute avec sa femme enceinte, Dastan décide de partir avec ses deux amis – un homme d’affaires malheureux et un flic – pour une partie de pêche tranquille. Mais rien ne se passe comme prévu !

 

Il n’y a bien que dans les festivals qu’on se retrouve pour mater un film kazakh et en ressortir avec la banane. Car Sweetie You Wont Believe It est une vraie comédie loufoque sans prétention confrontant trois amis partis pour une partie de pêche, dont Dastan (Daniar Alshinov) afin d’échapper à sa femme enceinte et particulièrement énervée, à une bande de gangsters ratés et un guerrier sanguinaire et balafré. C’est avant tout le prétexte pour lancer nos héros dans un aventure entre absurde et références cinématographiques dans un road-movie adoptant à la fois les codes de la comédie débridée et de l’horreur graphique à l'américaine.

Dès l’entame, le film dégage un sentiment festif communicatif porté par des acteurs un peu cabotins et des dialogues percutants. Si Yernar Nurgaliyev s’intéresse peu à la cohérence de son récit, il n’en néglige pas pour autant la mise en scène pour nous présenter au mieux ses personnages. Ils sont tous un peu losers à commencer par les méchants de l’histoire surpris en pleine séance d’exécution d’un malheureux par nos trois compères juchés sur un bateau pneumatique confectionné à l’aide de poupées gonflables. Les quiproquos s’enchaînent sans temps morts dans cette course-poursuite on retrouve un tueur solitaire devenu sanguinaire suite à un traumatisme à la tête patibulaire et adepte des arts-martiaux. Ce dernier décide de se venger d’un malencontreux accident massacrant l’ensemble du casting avec sa serpe acérée. Le résultat est forcément sanglant, les têtes sont coupées ou explosent avec beaucoup d’entrain au milieu de situations grotesques et improbables.

Peu importe les approximations ou les entourloupes d’un scénario au service d’un film décomplexé sans second degré, il s’avère assez jubilatoire et convoque tout un pan du cinéma d’exploitation, du slasher à Massacre à La Tronçonneuse, avec sa famille de dégénérés tenanciers de la station-service, en passant par Wrong Turn pour les morts. Bref, le catalogue des références est fourni jusque sur le t-shirt du flic en goguette, véritable sosie en version mini de The Rock, avec la jaquette de la cassette-vidéo de La Fureur de Vaincre (en français !) avec Bruce Lee. Au final, Sweetie You Wont Believe It est une bonne surprise kazakhe bien rythmée bourrée de gags et de gimmick à l’image du personnage s’évanouissant à chaque fois qu’il voit du sang. Et il en voit, le scénario étant riche en moment gore, le tout enveloppé dans un esprit bon enfant pour un divertissement certes pas très finaud avec des héros stéréotypés mais tout à fait recommandable.

 

4/6

 

 

LA FIÈVRE DE PETROV– Température – France/Russie/All/Suisse – 2021 – Kirill Serebrennikov

Mondovision

 

Pitch : Sous l’emprise de la fièvre, Petrov est entraîné par son ami Igor dans une errance alcoolisée et médicamenteuse. Progressivement, les souvenirs d’enfance de Petrov ressurgissent et se confondent avec le présent...

 

Adapté de Les Petrov, la grippe, etc. d’Alexeï Salnikov, La Fièvre de Petrov fut projeté à Cannes cette année alors même que son réalisateur était assigné à résidence. Coutumier du fait, Kirill Serebrennikov fut incarcéré à la fin du tournage de son film précédent Leto remarqué par la critique. Un cinéma brut et sans concession que le cinéaste continue à monter contre vents et marées. Et avec La Fièvre de Petrov le réalisateur de Le Disciple risque encore de s’attirer les foudres du Kremlin, tant son film s’avère éminemment politique et dénonciateur d’une société russe en perdition.

Délaissant toute forme de narration classique, le récit suit le parcours chaotique sous emprise permanente d’alcoold’un dessinateur de bande-dessinée, Petrov (Semyon Serzin) atteint d'une fièvre récurrente. Il passe une nuit agitée en compagnie d’Igor (Ivan Dorn) qui le récupère dans un corbillard aménagé au milieu d’une foule disparate et énervée discourant sur la situation politique dans un bus où la société russe se côtoie. L’instant d’après, des militaires débarquent et exécutent des personnes contre un mur. Le ton est donné. La caméra nerveuse, mais parfaitement maîtrisée, suit les protagonistes à la vitesse de leur débit guttural en passant d’un être à un être au milieu de cette Cour des miracles hétéroclite.

Avec sa forme de liberté sans limite, le réalisateur s’affranchit des codes du cinéma pour dénoncer la situation politique de son pays gangrénée par la corruption, l’alcoolisme, l’homophobie et le racisme sous-jacent entretenu par des conversations explicites. Au milieu de ce magma en fusion, Petrov a des visions de son enfance heureuse, comme si le temps d’avant de l’URSS avait un goût moins amer que l’actuelle Russie. Le parcours du héros sert ainsi de ligne directrice pour évoquer la culture, le théâtre et la littérature au travers d’une nouvelle mise en scène par un cinéaste suicidaire dont Petrov serait le héros. Avec une réelle maestria visuelle, Serebrennikov explore ses contemporains en immergeant le spectateur au plus près de leur existence (on pense notamment à l’éprouvant Il est Difficile d’être un Dieu d’Alexei Guerman) et utilise toutes les facettes de l’art cinématographique, un plan séquence de 18 minutes, des changements de cadre ou encore l’apparition de séquences fantastiques comme rédemption dans cet univers de chaos.

Même si on ne comprend pas tout au départ, le voyage reste fascinant dans cette première moitié où Petrov erre de tableau en tableau entre réalité et fantasme pour retrouver enfin sa femme Chulpan Khamatova, bibliothécaire de son état mais capable d’une violence exacerbée en se transformant en une sorte de guerrière aux yeux noirs, une tueuse incontrôlable. Là encore, difficile de savoir si la réalité se distord à cause de la fièvre qui commence également à toucher leur fils. Si l’ensemble reste captivant, il est perclus de certaines longueurs où le scénario se perd dans ses propres méandres entre flashbacks enfantins et envolées lyriques. A ces moments, le spectateur est lui aussi balloté d'une scène à l'autre avec cette humanité bouillonnante. Igor réapparaît, le cadavre dans le cercueil a disparu et Petrov semble toujours ailleurs comme si il passait d’une dimension à une autre sans s’en rendre compte. La fièvre qui le possède est symbolique celle qui enserre la société et le peuple russe, replié sur lui-même errant sans un but en particulier, encore attaché à une civilisation millénaire ayant visiblement foutu le camp.

 

4/6

 

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