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1er jour à l'Etrange Festival

Transhumance désormais régulière de début du mois de septembre, l’Etrange festival ouvre à nouveau ses portes pour la 27e fois. Même si désormais il faut montrer patte blanche et code adéquat pour pénétrer dans l’antre du Forum des images, le plaisir est toujours le même de retrouver les têtes connus et de savourer à l’avance les 12 jours de nouveautés, quelquefois particulièrement gratinées et de vieilles pépites oubliées ressorties de leur tombeau par des éditeurs courageux. Bref, une sorte de bonheur concentré sur 3 salles et un programme chargé qui sera l’occasion de retours réguliers pour faire partager cette chance de se faire une toile en compagnie d’inconnus et d’amis d’écran blanc.

 

Profitons !

 

La salle 500 était pleine comme un œuf, prête à éclore de plaisir lors des présentations et éternels hommages, pour une fois assez sobre peut-être du fait du retard, et se réjouir tout simplement d’être là. Et le festival débute avec des habitués, les belges Vincent Patar et Stéphane Aubier venus présentés en exclusivité leur nouvelle dinguerie animée et leurs personnages en plastique. Indien, Cow-boy et Cheval sont de retour et tentent de partir se dorer la pilule au soleil dans Les Grandes Vacances. Court-métrage loufoque et non-sensique bercé par un accent belge à couper au couteau dans la tradition de leurs opus précédents de Panique au Village.

 

Film d'ouverture

BARBAQUE – Végan power – France – 2021 – Fabrice Eboué

 

Pitch : Dans leur boucherie, Sophie tient la caisse et Vincent découpe "sa" barbaque tel un orfèvre. Pourtant, leur commerce périclite et leur relation avec... le lit conjugal est aussi festif qu'un tartare. Une violente attaque végane couronne le tout ...C'est le coup de grâce. Mais un événement change le cours des choses, Vincent tue accidentellement un de ses agresseurs.

 

 

Les ouvertures de l’Etrange festival sont souvent déroutantes, pas toujours à la hauteur de l’évènement ou parfois complètement en phase avec l’attente du public. C’est dans cette deuxième catégorie qu’émerge le quatrième film de Fabrice Eboué en tant que réalisateur. Délesté de son compère Thomas Ngijol (Case Départ, Le Crocodile du Botswanga), l’humoriste est parti d’une discussion avec sa nièce sur le rapport à la viande puis de l’écriture d’un sketch pour se lancer dans la conception de ce long-métrage au pitch assez improbable débouchant sur un moment de cinéma à la fois drôle et réjouissant.

Vincent Pascal (Fabrice Eboué) et sa femme Sophie (hilarante Marina Foïs, Darling) vivotent dans leur petite boucherie. Cette dernière s’ennuie avec un mari plus enclin à manipuler la viande avec amour qu’a toucher sa compagne, jusqu’au jour où ils sont agressés par des militants Végans qui jettent du sang sur leur étal et taggent la devanture. Sur ce pitch relatant un fait de société ayant défrayé la chronique, le film prend une autre tournure quand Vincent reconnait un de ses assaillants et l’écrase avec sa voiture. De retour à la boucherie, il découpe et convertit le corps en jambon pour s’en débarrasser. Le lendemain sans le savoir, Sophie en vend quelques tranches à la clientèle subjuguée par ce goût miraculeux. Le début d’un malentendu sordide pour le couple. Grâce à cette viande humaine nommée « porc d’Iran » par un Vincent dépassé, la boucherie retrouve des couleurs et un chiffre d’affaires augmenté.

Si le cannibalisme au cinéma n’est pas une nouveauté surtout sur le mode horrifique, la comédie a déjà été de la partie pour traiter le sujet. On se souvient par exemple du film Les Bouchers Verts en 2002 avec Mads Mikkelsen du Danois Anders Thomas Jensen qui commençait sur le même postulat mais partait moins dans les délires comiques d’un Fabrice Eboué. Car l’auteur de Coexister se lâche complètement avec son récit et va jusqu’au bout de la démarche en imaginant ce couple de bouchers s’improvisant serial-killers afin d’alimenter le laboratoire à saucisses. Pari largement réussi. Contrairement à beaucoup de comédies françaises s’apparentant à des suites de sketchs sans lien entre eux, Barbaque tient la baraque avec un certain aplomb sans jamais tomber dans le pamphlet vulgaire même s’il marche souvent sur le fil tendu de l’ironie.

Avec un humour ravageur et décapant, Eboué pose la question du rapport à la nourriture et du débat très contemporain sur la violence faite aux animaux conduisant à l’arrêt de la consommation de viande. Comme souvent chez lui, ses personnages sont crédibles et ne sont pas jugés même si leur attitude est outrancière, des Végans obtus et des carnivores présentés tels des personnages vantards et bourrés de préjugés à l’image du couple de bouchers imbuvable qui a "réussi" (Virginie Hocq, Jean-François Cayrey). Là où la comédie aurait pu se regarder rire d’elle-même, elle se joue des poncifs et se déploie sans jamais ennuyer, sans perdre son rythme grâce à son duo d’acteurs en osmose et des séquences d’attaques de Végans chassés comme de véritables animaux pour leur chair persillé.

Autre grande réussite du film, Barbaque est jusqu’au-boutiste dans sa démarche et se mue régulièrement en film d’horreur où les corps nus avec sexe apparent sont découpés et transformés en côtelettes pour le bonheur de la clientèle. Excès gore et humour très noir sont donc au menu de cette comédie dénonçant les excès d’un mouvement spéciste et les travers d’une société consumériste dans une caricature forçant le trait volontairement avec acidité. Et au milieu de ce massacre joyeux, les répliques font mouche lors de séquences à mourir de rire avec une jubilation assumée, mais sans raillerie mal placée dans laquelle il aurait pu tomber facilement. C’est la force de ce film particulièrement bien écrit, aux gags absurdes et complètement en phase avec le sujet, à l’image des séquences récurrentes d’une parodie de l’émission de télé de criminologie Faites entrer l’accusé avec un Christophe Hondelatte énonçant les crimes de serial-killers aux noms de ce Monsieur tout le monde dont se délecte régulièrement Sophie.

Le plus ironique dans cette histoire, et cela a été rappelé par un Fabrice Eboué amusé en introduction, Barbaque est financé par TF1 et doit être diffusé sur la chaîne. Dixit son auteur, « A croire qu’ils ont interverti le scénario avec un film de Christian Clavier », car il paraît improbable qu’il soit montré un dimanche soir à la télévision au vu de son irrévérence, certes jamais moqueuse, mais visuellement dérangeante à bien des égards (la séquence avec le petit garçon), mais tellement jouissive. Une parfaite mise en bouche qui nous réconcilierait presque avec le cinéma français, c’est dire.

 

4,5/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Adrien (mercredi, 15 septembre 2021 15:11)

    Intéressante introduction où, comme tu le dis, il faut "montrer patte blanche" tiens. Un festival dédié à un type de cinéma plutôt subversif et politiquement incorrect qui se la joue impeccable de suveillance, même si c'est une obligation légale désormais, ça fait plutôt marrer. D'autant plus quand t'as les vieux de la vieille qui d'un côté te bourre le crâne de leurs vieilles visites de ciné de quatier où ça picolait et baisait cradement en live, et qui te traite de jeune idiot si t'as pas connu ou que tu oses dire que c'est un peu sale, et la génération bien pensante actuelle qui va sauter au plafond si t'éternue à côté d'eux. Je juge rien ni personne, mais ça me fait un peu marrer.

    Bon sinon ta critique est chouette, je suis passé de zéro intérêt à bien envie de le voir. Comme tu dis, ça évoque peut-être un peu trop Les Bouchers Verts et puis surtout ce fameux épisodes de Tales From the Crypt avec Christopher Reeves, mais si ça prend le contrepied de la comédie française habituelle, je soutien carrément.

  • #2

    Roggy (jeudi, 16 septembre 2021 11:10)

    Franchement, Barbaque est une vraie bouffée d'air dans la comédie française décérébrée et sans intérêt actuelle. Je ne connaissais pas cet épisode de Tales From the Crypt tiens.