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9e jour à l'Etrange festival

 

La fatigue commence à se faire ressentir mais le rythme ne faiblit pas pour autant avec quatre films dans le cornet. On commence par le polar Japonais First love du stakhanoviste Takashi Miike, suivi du très étrange Vivarium de Lorcan Finnegan, et à quelques encâblures l'immersif Lilian de l'Autrichien Andreas Horvath, pour un final avec La terre des oubliés du Gallois William McGregor.

 

FIRST LOVE – Miike Maouse - Japon/UK – 2019 - Takashi Miike

 

En compétition

 

Pitch : Contraint d’arrêter la boxe après la découverte d’une tumeur qui ne lui laisse que très peu de temps à vivre, Leo va croiser la route de Monica, une prostituée toxicomane, à qui il va venir en aide, ce qui va déclencher de nombreuses conséquences imprévues...

 

Retour aux affaire pour Takashi Miike (mais est-il jamais parti...) pour le prolifique cinéaste japonais associé à un producteur anglais pour dépeindre ce long-métrage tenant plus du drame policier que de l'histoire d'amour, malgré la rencontre fortuite entre un boxeur et une prostituée. On comprendra le titre à la fin de ce film hybride aux multiples points de vue embrassant tour à tour le drame, le film de yakuzas et la comédie policière, genre dans lequel Miike se complait avec délectation. Et le spectateur de se perdre dans les méandres d'un scénario qui cherche à recoller les morceaux d'une histoire à la fois simple mais complexe quant aux rapports entre les personnages.

Avec une certaine sobriété, le papa d'Audition suit le parcours de Léo (Masataka Kubota, 13 assassins), jeune boxeur en fin de vie qui fait la connaissance par hasard d'une prostituée Monica (Sakurako Konishi) et sont embringués dans une histoire de drogue, de trahison et combats entre gangs rivaux. Dans la première partie, First love est donc très calme (hormis une tête détachée de son corps), trop bavard et tape volontiers sur le monde des Yakuzas et les Chinois les présentant comme colériques et violents. Une mise en place assez longue avant une dernière partie plus pêchue où les différents protagonistes se retrouvent pour s'affronter dans un lieu clos.

Miike retrouve alors ses instincts primitifs et concocte des scènes de poursuite en voitures, des séquences de gunfights et de combats au sabre entre les rayons d'un magasin de bricolage. Si l'ensemble reste plaisant et bien shooté, il s'avère anecdotique et artificiel. Les personnages crient et gesticulent tandis qu'ils se massacrent avec jubilation sous la caméra d'un réalisateur qu'on imagine ravi. Votre serviteur un peu moins, ne trouvant pas là matière à satisfaire ses attentes malgré une action débridée qui masque grossièrement les scories du scénario. Comme souvent, le film est trop long et peine à se conclure, à l'image de son réalisateur un peu foutraque.

 

3,5/6

 

 

VIVARIUM – Dans l'aquarium - Irlande/Belgique/Danemark – 2019 - Lorcan Finnegan

 

En compétition

 

Pitch : À la recherche d’un logement, Gemma et Tom, jeune couple ordinaire, sont entraînés par un agent immobilier un brin toqué dans un lotissement désincarné et vide. Et quand l’agent disparaît sans crier gare, impossible pour les deux amoureux de quitter les lieux.

 

Film concept, Vivarium l'est sûrement. En quelques minutes, l'histoire et le lieu sont posés. Gemma (Imogen Poots, Green room) et Tom (Jesse Eisenberg, Justice League) sont abandonnés dans un lotissement de maisons témoins, incapables d'en sortir malgré leurs multiples tentatives. Sur cette base très simple, Lorca Finnegan, dont c'est ici le second film après Without name, construit une œuvre qui aurait eu sa place sans problème dans la série La quatrième dimension. Elle renvoie d'ailleurs à un épisode mémorable et glaçant où des humains étaient placés sous cloche pris au piège d’extraterrestres.

L'idée de Vivarium est plus retorse et on ne saura jamais vraiment l'origine et les motivations de cet agent immobilier à l'allure bizarre qui les laisse à leur sort dans cet endroit froid et uniforme pour le restant de leur existence. Bloqués, ils subsistent grâce à des cartons de nourriture déposés devant leur maison, jusqu'au jour où un bébé arrive sans crier gare. Sur ce postulat très simple, Finnegan établit un long-métrage solide bénéficiant de l'interprétation sans faille de deux comédiens au diapason et en réelle connexion. Ils font notamment blocs face à cet enfant irritant au possible qui grandit plus vite que nature. Insupportable, il crie avant d'être nourri et imite ses colocataires avec brio.

Bref, la situation s'avère absurde mais fonctionne à l'écran. La folie s'insinue progressivement, les journées s'enchaînent de manière répétitive au rythme de l'évolution de cet enfant devenu adulte en quelques semaines tandis que la relation du couple se distant face aux événements. Soyons franc, si le film n'ennuie pas, on aurait aimé le développement de quelques enjeux supplémentaires à l'instar de la dernière bobine qui prend les chemins d'un fantastique plus assumé en montrant les dessous de cette machination complètement tordue qui n'est pas sans rappeler The truman show, mais sans les caméras.

 

4/6

 

 

LILIAN – Into the wild - Autriche – 2019 - Andreas Horvath

 

En compétition

 

Pitch : Une jeune fille russe, venue à New York attirée par le rêve américain, n’a plus de ressources et décide de rentrer chez elle en passant par l’océan Pacifique. Elle part à pied et traverse tout le pays.

 

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Lilian est le premier film de fiction du documentariste Andreas Horvath. Un long-métrage qui s'apparente néanmoins à un documentaire dans la mesure où la jeune femme Lilian (Patrycja Planik, également artiste et photographe) ne décroche pas un seul mot de tout le film. Elle est le vecteur par lequel Horvath trace le portrait de l'Amérique contemporaine. En la suivant d'Est en Ouest, le spectateur fait un voyage totalement immersif dans un pays sans concessions, traversé par une histoire douloureuse dont les stigmates sont encore visibles.

Le réalisateur s'est inspiré d'une histoire vraie du XIXe siècle pour la transposer dans l'Amérique des années 2010 avec un tournage étalonné sur plusieurs années afin de réaliser ce voyage initiatique seulement mû par le désir de fuir et de regagner la terre de ses origines. Mais ce trip est loin d'être gagné, y compris pour le spectateur qui doit accepter le mutisme de la protagoniste et de son antipathie, seulement interrompue par les discours lénifiants de la radio et le quotidien des habitants. Vivant de rapines et de l'aide de passants, elle ne remercie jamais personne et chaparde tout ce qu'elle peut au fur et à mesure de son périple où elle rencontre cette Amérique des oubliés, dort dans des maisons ou des voitures abandonnées.

De fiction, Lilian se transforme alors en un documentaire proche du National geographic pour les images sublimes d'une nature sauvage et grandiose avec un regard radical sur ce grand pays. Le film présente ainsi des hommes et des femmes un peu paumés qui errent sans but, essaient de vendre les reliques d'un passé envolé dans des boutiques de solidarité ou passent la journée devant des spectacles de voitures qui se rentrent dedans. On pourra reprocher au réalisateur de ne présenter que la facette la plus sombre de cette société, jusqu'à convoquer l'émotion avec ce rassemblement d'indiens dans une réserve dénonçant leur condition face à l'homme blanc, ou à la fin le dégoût avec cette chasse à la baleine.

Au travers de cette histoire prétexte, Lilian dresse un constat accablant de l'Amérique et peut se voir comme un plaidoyer écologique. La jeune femme traverse des paysages sublimes, une nature presque vierge où les industries ont pris le pas sur le sauvage plus elle se rapproche de l'Alaska. Au final, ce voyage répétitif est difficile à enclencher surtout quand on connaît sa durée (2h10) et après nous avoir été présenté comme un chef-d’œuvre (comme d'hab quoi). Sans aller sur les terrains de l'emphase, Lilian commence avec des irritations mais s'avère prenant paradoxalement sur la longueur pour cette odyssée mystique improbable sans eau ni nourriture mais porté par la beauté des images et une musique radieuse.

 

4,5/6

 

 

LA TERRE DES OUBLIES – Vent violent - Angleterre – 2018 - William McGregor

 

En compétition et en présence du réalisateur

 

Pitch : Dans les régions reculées du Pays de Galles, en pleine Révolution industrielle, une jeune adolescente vit au milieu des montagnes avec sa petite sœur et sa mère castratrice. Son père a disparu, et les autres habitants du village semblent hostiles à la famille. Il y a d’abord ce cœur planté sur la porte, puis ces bêtes que l’on assassine...

 

Avec ce premier long-métrage, William McGregor décrit le quotidien d'une mère et de ses deux filles dans la campagne du Pays de Galles au XIXe siècle. Battu par les vents et le choléra, la vie de cette phratrie est un combat permanent pour survivre entre la pression des habitants pour acheter la ferme et l'absence du père parti à la guerre. Cette trame posée, le réalisateur battît un récit âpre, dépourvu de tout romantisme autour d'une communauté hostile face à la résistance de la mère (Maxine Peake, The theory of everything) et surtout de sa fille Gwen. Eleanor Worthington-Cox est assez fabuleuse en jeune adolescente combattante et ressemble à Anya Taylor-Joy à ses débuts dans The witch.

Les journées sont rythmées par le travail, les messes à l'église et le ramassage des cadavres sous les ordres du médecin du village (Kobna Holdbrook-Smith). Il ne faudra pas s'attendre à de grandes envolées car Gwen (titre original) reste ancré à cette terre douloureuse, source de malheur pour des habitants qui s'accrochent par atavisme à ce cailloux humide et venteux. Une réalité bien terne aux lisières du fantastique entretenu par les rêves de Gwen et le comportement de la mère malade aux soubresauts d'être possédé, La terre des oubliés est maîtrisé de bout en bout même si le scénario ne s'aventure que rarement sur les chemins boueux et sinueux du surnaturel pour expliquer la mort des moutons par exemple. Au final, le contrat est rempli dans les grandes largeurs pour William McGregor qui convoque avec réussite les fantômes du conte de fées (une référence dixit le réalisateur) mais à l'échelle humaine.

 

4/6

 

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