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3e jour à l'Etrange festival

 

Veille du week-end et on change de braquets avec 3 films hors compétition à ne pas manquer. A commencer par l'excellent et hilarant documentaire américain de Penny Lane Hail Satan ?, suivie par la pépite de l'étrange Laurin de l'allemand Robert Sigl et pour finir une co-production franco-belge aux effluves fantastiques The Room de Christian Volckman.

 

 

HAIL SATAN ? – Doc Satan - USA - 2019 - Penny Lane

 

Pitch : Documentaire sur le mouvement satanique aux Etats-Unis et sa notoriété grandissante à travers le monde.

 

La première grosse bouffée de plaisir est venue de ce documentaire réalisée par Penny Lane, déjà auteure d'un doc sur Nixon en 2013 (Our Nixon). Le film commence comme l'émission belge Striptease avec sa petite musique décalée. On suit un petit groupe de satanistes qui se prépare à un happening devant le Capitole de l’État d’Oklahoma. Un début hilarant devant le sérieux de ces hurluberlus avec leurs capes noires et cornes diaboliques. Sauf que ces provocateurs ne sont pas si barjots. Ils font partie de l'organisation du Temple satanique qui se revendique comme une religion mais s'avère plutôt une force d'opposition politique.

La force du film est de proposer un véritable récit et, sous le couvert d'un folklore déviant, de proposer une autre lecture de la société américaine conservatrice et religieuse au travers du combat de Lucien Graves (un pseudonyme) pour la liberté d'expression et le multiculturalisme. Car Hail Satan ? est avant tout un documentaire politique démontant les principes de la démocratie américaine fondée par les Pères fondateurs. Progressivement, l'intrigue prend une autre allure et ceux dont on se moquaient au départ ne sont plus les satanistes mais bien les institutions politiques et leurs représentants qui ont phagocyté le pouvoir en instaurant une fusion entre la loi des hommes et Dieu.

L'unique but du Temple satanique est en fait de démonter le système en place afin de prouver que le pouvoir américain est gangréné par les lobbys religieux et représente l'inverse de la démocratie. En utilisant le Premier amendement de la Constitution américaine, les satanistes prennent les autorités à leur propre piège. L'enjeu : faire construire une statue de Baphomet et la placer juste à côté de celle représentant les 10 commandements. Forcément, cette proposition cristallise les tensions et les grenouilles de bénitier paradent pour crier au scandale tandis que leurs adversaires investissent la sphère judiciaire pour se faire entendre.

Le film est en ce sens passionnant, superbement bien écrit à l'aide d'interviews de membres du Temple, de diffusions de reportages de télévisions et de différents extraits de films pour expliquer les sources du satanisme comme le mondo movie Sorcellerie, magie... et messes noires (Luigi Scattini, 1969) avec le célèbre gourou Anton LaVey accompagné de ses adeptes nues. D'un point de vue historique, il nous apprend également l'origine de la peur des satanistes comparé un temps aux communistes avec une apogée dans les années 80, 90. A cette époque-là, les ados qui s'adonnaient au jeu de rôles Donjons & Dragons étaient considérés comme des suppôts de Satan ! Sans compter que ces jeunes écoutaient du Black métal...

Bref, un terreau parfait pour entretenir le mythe de tueurs et violeurs d'enfants au milieu d'une société américaine passée du côté obscur de la religion depuis le milieu des années 50 à cause notamment du film Les 10 commandements (un épisode fort surprenant). Des symboles religieux que l'ont retrouve d'ailleurs sur les façades des institutions ou des billets de banque. Si le film était comique dans sa première moitié (la cérémonie sur la tombe de la mère d'un pasteur), Hail Satan ? vire de bord par la suite car on ne rira plus de ces adeptes qui s'avèrent très sympathiques, éduqués et finalement pas vraiment passionnés par Satan. Ce sont pour la plupart des exclus du système, des marginaux ou des personnes ne se reconnaissant pas dans cette société. Ils trouvent dans le Temple satanique une famille et des valeurs communes. Ils sont non-violents, tolérants et ouvertement gays pour certains.

Aux antipodes des valeurs des Evangélistes conservateurs qui montrent de fait un jour pas très glorieux et anti-démocratique au point de rendre emphatiques ces militants plus politiques que religieux. Au final, le film de Penny Lane réussit à dénoncer les travers d'une société panthéiste ultra-libérale corsetée par des valeurs régressives et nauséabondes. On rit beaucoup mais on a aussi de la peine et de l'émotion pour ces hommes et ces femmes considérés comme des hérétiques qui tentent de se battre contre un mur de bêtises. De quelques partisans, ce culte du diable rassemblerait plus de 100 000 membres dans le monde, à l'image d'une contre culture et une alternative au Christianisme. La seule chose à faire est donc de lever les doigts en forme de cornes et de crier : HAIL SATAN !

 

5/6

 

 

LAURIN – Kinder gothic - Allemagne/Hongrie – 1989 - Robert Sigl

 

Les Pépites de l'Etrange et en présence du réalisateur

 

Pitch : Dans une petite ville portuaire au début du XXe siècle, la jeune Laurin vit chez sa grand-mère. Son père, un marin, est sans cesse absent, et sa mère est mystérieusement décédée dans un étrange accident. Soudain, de jeunes enfants se mettent à disparaître dans le village...

 

En introduction, le sympathique Robert Sigl a expliqué la genèse de son projet, l'obligeant à tourner en Hongrie avec des acteurs du cru qui apprenaient leur texte en anglais sans rien y comprendre. Son premier film, confectionné à l'âge de 24 ans, aura un destin assez étrange après avoir été couronné par un prix bavarois, il disparaît et ne sera quasiment pas vu dans son pays. Il est réhabilité bien plus tard et ressuscite aujourd'hui par le biais de festivals. Récemment, une société allemande a retravaillé la bobine afin d'en sortir une copie parfaite qui nous est présentée à l'Etrange (avant un DVD en fin d'année).

Laurin possède un aspect anachronique dans le paysage de la fin des années 80 à contre-courant du cinéma allemand. Située au début du 20e siècle, l'intrigue se pare des oripeaux de toute une tradition du cinéma gothique italien (les références à Mario Bava et à Dario Argento sont évidentes) mais également du travail de Roman Polanski ou Jack Clayton. Le tout mélangé à une atmosphère des campagnes et des traditions de l'Europe de l'Est (on pense forcément au travail de Murnau et de l'expressionnisme allemand), donnant à l'écran une symbiose assez inédite au milieu de cette histoire de disparition d'enfants et de de pédophilie nimbée par un brouillard menaçant.

De fait, il faudra laisser le temps au film de s'installer et accepter un rythme lent et des séquences assez austères propices à des digressions et des séquences horrifiques. Dans ces moments-là, les plus réussis à mon sens, Sigl joue sur les couleurs et les ambiances afin de développer cette atmosphère lugubre sous les regards concupiscents des hommes sur de jeunes enfants nus en train de se laver. Un mélange des tons très particulier où le fantastique s'insinue par les rêves de Laurin et la présence évanescente du fantôme de sa mère. A ce titre, la jeune Dóra Szinetár dans le rôle éponyme est exceptionnelle et porte le film sur ses frêles épaules avec son petit sourire à la fois angélique et narquois.

Pour un premier film, la mise en scène est maîtrisée avec des influences à un tout un pan du cinéma populaire européen (les ombres dissimulées, le chien noir qui renvoie au mal) sous les traits de personnages tourmentés par leurs désirs contre-nature. Et ce malgré quelques scènes qui ralentissent le récit en son centre avant un final plus méchant et sanglant, dans la tradition du cinéma italien. Laurin fait donc partie de ces incunables rarement visionnés qui méritait de sortir des mémoires dans un nouvel écrin magnifique et de voguer vers une nouvelle jeunesse.

 

4/6

 

 

THE ROOM – Chambre sans vue - France/Luxembourg/Belgique – 2019 - Christian Volckman

 

Hors compétition et en présence de l'équipe du film

 

Pitch : Kate et Matt, un couple de trentenaires, emménagent dans une grande maison à la campagne. Lors des travaux, ils découvrent une pièce particulière, qui semble exaucer leurs vœux. Mais ce qui semble un cadeau et une chance pourrait bien entraîner le couple dans une spirale cauchemardesque.

 

Présenté en grand pompe par son réalisateur, quelques uns des comédiens et des productrices dans une salle 500 pleine à craquer, The room fait partie de cette catégorie de films qu'on aimerait soutenir ne serait-ce que parce qu'il est estampillé français. Dommage que le contrat ne soit pas totalement rempli pour un projet qui au final ne convainc pas dans les largeurs.

Pour son deuxième long-métrage, Christian Volckman (l'intéressant film d'animation Renaissance en 2006) bénéficie d'une co-production franco-belge pour son scénario qui devait se tourner initialement au Canada. Problème d'argent et direction la Belgique qui est censée représenter la banlieue de New-York. D'entrée, on n'y croit pas la maison et la couleur font bien nord de la France. Pas très grave en un sens mais symbolique d'un projet pensé pour l'international et qui tente de revêtir les costumes des productions fantastiques nord-américaines sans en avoir les épaules.

Le film débute de manière très classique avec la découverte de chaque pièce de la vaste maison investie par Kate (Olga Kurylenko, Oblivion) et Matt (Kevin Janssens, Revenge). La mise en scène est alerte sans effet de manche mais tout à fait pertinente pour l'irruption du fantastique lorsque nos deux tourtereaux découvrent la fameuse chambre oubliée. Elle possède la capacité de répondre à tous les désirs matériels de celui qui le demande. Argent, champagne et tableaux de maîtres vont donc apparaître comme par magie sur un simple claquement de doigts. Pas affolés pour un sou, le couple en profite pour faire la fête jusqu'à une demande des plus particulières à l'origine des futurs tourments de la petite famille.

La proposition du scénario est plutôt alléchante, le décor est propice au mystère et l'agencement de fils électriques dans toute la maison avec une espèce de réacteur central au sous-sol donnent sacrément envie. Sauf que le script ne va pas très loin et s'avère très prévisible sur la longueur. Le spectateur a déjà un temps d'avance sur les personnages tandis que l'histoire essaie de raccrocher les morceaux de manière artificielle par exemple avec les séquences dans l'hôpital avec le tueur de la famille ayant vécu précédemment dans la maison. Les ficelles sont bien trop voyantes pour émoustiller le spectateur et ce malgré l'attitude incompréhensible des personnages suite à la découverte de la chambre ou l'achat d'un pistolet. A noter l'idée intéressante quant au devenir des objets issues de la chambre.

The room reste donc un exercice de style, un huis-clos moyen récitant sa leçon et copiant volontairement pas mal de productions du même acabit. On sera néanmoins reconnaissant au réalisateur de nous épargner les éternels jumpscares et on saluera la dernière bobine qui fonctionne assez bien et clôt une intrigue finalement convenue et décevante malgré le potentiel du sujet. Le mécanisme électrique et la chambre sont sous-exploités (peut-être faute de budget) et l'ensemble manque d'aspérités malgré une ultime séquence se voulant déviante mais qu'on sentait venir à plusieurs kilomètres. Dommage, car Christian Volckman est visiblement un bon metteur en scène qui mériterait plus de moyens et un scénario en béton armé.

 

3,5/6

 

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Commentaires: 3
  • #1

    PATRICK Lang (jeudi, 12 septembre 2019 15:59)

    Merci pour cette belle critique. Le film devrait ressortir en France en blu-ray en fin d'année

  • #2

    PATRICK Lang (jeudi, 12 septembre 2019 16:00)

    Je parle de Laurin !

  • #3

    Roggy (jeudi, 12 septembre 2019 23:40)

    Merci pour le commentaire Patrick.