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2e jour à l'Etrange festival

 

Après l'ouverture, le festival prend tranquillement ses quartiers pour ce deuxième jour avec le surréaliste Dreamland du canadien Bruce McDonald, le survival aquatique The boat de Winston Azzopardi et pour terminer le drame situé en Amérique-du-Sud, Monos d'Alejandro Landes.

 

 

DREAMLAND – I have a dream – USA/Belgique/Canada/Luxembourg – 2019 - Bruce McDonald

En compétition

 

Pitch : Hercules, le sadique et imprévisible mafieux patron d’un cabaret appelé Al Qaida, engage un tueur à gages pour une mission un peu spéciale : couper le doigt d’un trompettiste de jazz qui doit donner un concert dans la région chez une comtesse pour le punir d’avoir vexé le commanditaire.

 

A l'image de la carrière du Canadien Bruce McDonald, Dreamland part dans tous les sens et s'avère quelque peu foutraque sur la longueur. Artiste protée ayant travaillé pour la télévision, œuvré sur des séries, McDonald est connu des festivaliers internationaux pour son remarquable Pontypool en 2009 qui j'avais eu la chance de découvrir à l'Etrange. La propagation d'un virus zombiesque par le biais de la parole avec un long-métrage situé dans un lieu unique, une station de radio, il fallait le faire. Et le film fonctionnait du tonnerre avec la prestation remarquable de Stephen McHattie en gouailleur patenté derrière son micro. Sans connaître réellement son parcours, le nouveau essai du papa de Pontypool ne pouvait donc qu'intriguer.

De fait, c'est plutôt la déception qui domine, le réalisateur ne parvenant à insuffler à son film la fraîcheur d'une intrigue qui embrasse peut-être trop de thématiques sans réelle cohérence. Certes, Dreamland annonce la couleur dans son titre et le récit flirte régulièrement avec le surréalisme ne serait-ce qu'avec la double prestation de Stephen McHattie (The fountain) dans le rôle d'un tueur à gages cherchant à couper le petit doigt d'un trompettiste. Schizophrénique, à l'instar d'un script trop engoncé dans ses justifications à outrance comme si la réalité avait du mal à se distordre complètement. Si les enfants fument, portent des flingues et sont en costume à chaque coin de rue en guise de petites mains du crime, l'apparition de certains personnages tombent comme une canine dans la soupe comme le vampire (Tomas Lemarquis).

Idem pour sa sœur, la Comtesse (insupportable Juliette Lewis) qui organise le mariage de son frère avec une jeune adolescente avec l'objectif d'inviter les mafieux et les dictateurs mondiaux au banquet. Certaines séquences sont certes réussies et drôles, voire dérangeantes liées au trafic d'enfants avec des relents de pédophilie. Dreamland pêche néanmoins par son rythme lent et des scènes d'un autre âge parfois trop télévisuelles. Et ce malgré l'abattage d'un Stephen McHattie en vieil homme fatigué par sa condition de tueur ou se shootant régulièrement incapable de jouer de la trompette. Accompagné par une bande-son jazzy, le film erre ainsi entre le polar, le fantastique et la comédie surréaliste jusqu'à un climax virevoltant mais un peu suranné dans la mise en scène. Finalement un peu à l'image de l'ensemble de l'entreprise.

 

3/6

 

 

THE BOAT – Le K - Angleterre/Malte – 2018 - Winston Azzopardi

 

En compétition

 

Pitch : Tandis qu’il effectue une promenade en mer, un jeune homme croise la route d’un voilier qui semble abandonné. Il monte sur le navire pour savoir ce qu’il en est...

 

Dans la famille Azzopardi, les frères Winston et Joe sont multi-cartes. Scénariste, producteur, réalisateur et acteur, ils réunissent à eux deux toutes les facettes nécessaires à un projet cinématographique. Joe sera l'acteur unique de The boat et Winston se chargera de la mise en scène. La trame de l'histoire est assez simple. Un homme monte sur un bateau abandonné et reste bloqué sur la mer sans moyens de s'échapper. Avec ce concept et l'absence quasiment de dialogue, The boat est une expérience très difficile à maintenir sur la durée règlementaire d'un long-métrage.

On comprend alors celles et ceux qui ont senti le souffle de l'ennui au moment même où le héros subissait les affres d'une tempête coincé dans les toilettes exiguës du navire. Pourtant, malgré ces contraintes techniques et de script, le réalisateur parvient à multiplier les angles de vue et les péripéties communes à ce genre de projet (la découverte des lieux, le climat changeant, la blessure). Bref, tout le catalogue inhérent au voyage en solitaire perdu dans une immensité bleu. La bonne idée du film est d'entretenir le mystère sur la présence d'un autre compagnon sur ce vaisseau fantôme. Quelques bruits suspects, des portes qui claquent et les verrous qui se la jouent solo émaillent le quotidien du navigateur de fortune.

Sans doute un peu trop à mon goût car, passé cette introduction, l'Azzopardi familly peine à renouveler les ficelles et les enjeux de ce film concept comme avait pu le faire Open water (on est dans le même esprit) avec l'apparition de requins en bons deus machina pour remonter la sauce. Si techniquement et visuellement, il n'y a rien à redire pour cette production Anglo-maltais bénéficiant d'un belle photographie et d'un budget confortable évalué à 5 millions de dollars, The boat aurait mérité d'être plus resserré en son centre (1h40 tout de même) et développer la deuxième partie de l'histoire beaucoup plus intéressante à mon sens, en accentuant l'atmosphère fantastique du brouillard initial.

En effet, il faut attendre l'ultime bobine pour entrevoir enfin l'idée directrice imaginée de manière trop partielle et aller jusqu'au bout de cette énième version de Duel. Dommage, car la fin du film avait un potentiel assez extraordinaire renvoyant à la série La Quatrième dimension ou même au livre Le K de Dino Buzzati. Mais je ne suis pas scénariste et ne suis pas membre de la famille Azzopardi.

 

3,5/6

 

 

MONOS – Jeux d'enfants - Colombie/Uruguay/All/Argentine/Danemark/USA/PB/Suisse/Suède - 2018 - Alejandro Landes

 

En compétition

 

Pitch : Dans une montagne perdue d’Amérique latine, huit adolescents s’entraînent pour le compte de “l’Organisation”. Recevant leurs ordres du Messager, ils ont pour mission de garder et de surveiller la Doctora, une otage américaine, ainsi qu’une vache laitière.

 

Premier choc du festival avec le second film de fiction du Brésilien Alejandro Landes (Porfirio en 2011) et le documentaire Cocalero en 2007. L'action commence au milieu d'une montagne d'Amérique latine indéterminée où 8 adolescents s'entraînent à la guerre et surveillent une otage américaine (Julianne Nicholson, I, Tonya). On ne connaîtra jamais précisément la typologie des lieux et le nom de cette guerre sourde dont les échos résonnent au lointain. Même les ennemis potentiels semblent chimériques. A l'image du film qui entretient un univers fantasmagorique entre jeux enfantins et guerres voulues par les adultes.

Les héros sont tous des enfants ou des pré-ados, des soldats puérils obligés de se battre sous les ordres de l'un d'entre eux désigné par une organisation mystérieuse et un petit bonhomme qui vient régulièrement les remotiver. Une sorte d'instructeur discipliné et sans concession aux antipodes des aspirations de ces jeunes apprentis à la guerre livrés à eux-mêmes et somme toute encore joyeux, toujours prêts à faire des bêtises comme l'âge leur commande. Or, avec la mort d'une vache, le vent tourne et la petite troupe part inexorablement en lambeaux, comme si la réalité les rattraper et les fauchait en pleine jeunesse, malgré le décalage des situations et les sobriquets qui leur sont attribués tels que Rambo ou Schtroumpf.

Grâce à sa mise en scène aérienne balayant des paysages grandioses montagneux et de forêt dans un second temps, on s'attache à ces personnages perturbés par la violence sous-jacente et un quotidien de militaire entre rêve et réalité plus dure qu'il n'y paraît. La grande force du film est d'évoluer constamment, la référence à Sa majesté des mouches est palpable à chaque instant (la tête de cochon, le combat pour devenir chef), les enfants devenant le réceptacle de toutes les avanies humaines, spectateurs d'une guerre qu'ils n'ont pas choisie. On saluera à ce titre la performance de ces enfants embrigadés et ballotés vers un destin tragique à leur dépens. Il y a chez eux une lumière et on pense au récent Tigers are not afraid (Issa Lopez, 2017) et le drame des gamins mexicains n'est pas sans rappeler celui vécu par les « Monos » du film d'Alejandro Landes.

Si le film raconte le quotidien de ces enfants soldats, il s'interroge en profondeur sur les ravages de ces situations mondiales en montrant l'évolution de leur comportement jusqu'à un retour à un état primitif, clanique seulement mû par la loi du plus fort, en dehors de toute forme de civilisation. La rédemption est forcément compliquée et n'est pas donnée à tous les personnages passés trop rapidement de l'enfance insouciante à une existence d'adulte brute et sans rêves.

 

4/6

 

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