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9e jour à l'Etrange festival

C'est déjà jeudi et on se rapproche de la fin de l'Etrange festival. Mais avant ça, deux films au compteur avec deux thrillers. Le japonais Hime-Anole de Keisuke Yoshida et l'excellent Detour du non moins très bon Christopher Smith.

 

HIME-ANOLE – Thriller – Japon - 2016 – Keisuke Yoshida

Pitch : Odaka, technicien de surface, aide son ami Ando à séduire Yuka, une jeune serveuse, en jouant les entremetteurs. Au café où travaille la jeune fille, Odaka rencontre par hasard Morita, un ami d’enfance que Yuka accuse de harcèlement.

 

Quand le spécialiste de la comédie romantique sirupeuse se met au thriller gore, ça fait très mal par où passent les coups de couteaux. Si le film débute à l'instar d'une version nippone d'Hélène et les garçons, il se poursuit comme un thriller ultra-violent digne des productions coréennes actuelles aux antipodes de son entame.

Adapté d'un manga de Furuya Minoru, Hime-Anole décrit des personnages un peu gauche dans son entame. Okada et Ando (Tsuhoshi Muro) se prennent d'affection pour une serveuse, Yuka, dans l'établissement où ils vont manger tous les jours pour leur pose repas. Un duo sympathique mais coincés dans les sentiments pour Ando, sorte de sociopathe renfermé, et Okada qui n'a pas confiance en lui et se sous-estime sans cesse. Si Ando est amoureux de Yuka, c'est Okada que cette dernière va choisir.

Un triangle amoureux générateur de scènes de dragues assez drôles et empreintes d'une pudeur confondante, au milieu de personnages incapables de communiquer et gêner dès qu'ils se regardent dans les yeux. Hime-Anole prend donc les atours d'une comédie pour adolescents bien niaise comme en sont capables les japonais. Et tout à coup, à la moitié du film, le générique apparaît comme pour marquer une césure profonde au sein du métrage. Un hiatus de ton se produit alors tandis qu'Okada et Yuka passent à l'acte sexuel pendant qu'on suit le personnage de Morita en train de tuer quelqu'un. Le montage alterné entre les deux situations provoquant un certain malaise alors que rien ne prédestinait le film a viré à 360 degré.

C'est donc un deuxième métrage qui commence, un thriller hard-boiled où on suit les méfaits de Morita, un tueur en série qui, munie d'un couteau de boucher, transperce tout ce qui passe à sa portée et notamment les femmes qu'il cherche à violer. Morita semble atteint d'un trauma adolescent dont des flashback montrent l'origine et aussi le lien entre tous les personnages dont Okada. Le réalisateur ne nous épargne rien des actions de son personnage psychopathe, mû par une folie intérieure sans réelle cohérence.

Alors que la première partie flirtait avec l’extrême délicatesse, l'humour et la nunucherie, cette suite tend vers la violence de meurtres avec lesquels le réalisateur tente de remettre en place son scénario où tous les personnages ne seraient pas si innocents. Ainsi, Keisuke Yoshida montre les deux adolescents en train de faire l'amour et Morika se déchaîner sur des quidams comme s'ils étaient entrés dans l'âge adulte, mais n'étaient pas capables de contrôler leur sentiment. Ce qui donne à l'écran un paradoxe de situations et on peut s'interroger sur l'accumulation de scènes frontales de meurtres, certes assez bien filmée, mais dont on a du mal à comprendre l'intérêt.

Au final, Hime-Anole est un film hybride qui surprend forcément dans son ensemble avec une rupture de ton rarement vue. Si le concept est audacieux et original, il paraît peu vraisemblable et ne se justifie pas vraiment. Le métrage reste néanmoins plaisant et quelques situations tragiques virent au comique grâce au savoir-faire du réalisateur malgré des enjeux quelque peu artificiels, et un basculement dans l'horreur et le thriller froidement exécuté mais qu'on a déjà vu.

 

3,5/6

 

DETOUR – Thriller – UK/Afrique-du-Sud – 2016 – Christopher Smith

Pitch : Harper, un jeune étudiant, accuse son beau-père d’être responsable de l’accident qui a plongé sa mère dans le coma. Lors d’une nuit d’ivresse, il confie à deux inconnus, Johnny et Cherry, un stratagème pour se venger. Le couple accepte pour 20 000 dollars de s’occuper du beau-père.

 

Christopher Smith est un des meilleurs artisans du genre avec des films qui ont marqué toutes une génération à l'instar de Creep, Triangle ou Black death. Après six ans d'attente, dont un conte de noël et une mini-série, le Briton revient avec un thriller malin et une histoire gigogne nous faisant dire que le réalisateur en a encore sous la pédale.

Sous l'égide du polar noir (on voit d'ailleurs une scène du Détour de 1945 de Edgar George Ulmer) avec lequel il entretient une filiation évidente, Christopher Smith construit un récit à multiples facettes où la mise en images serait au service de son histoire. Un script resserré autour de peu de personnages dont Harper (Excellent Tye Sheridan vu dans Mud ou encore Joe) qui va s’acoquiner, avec comme objectif de tuer son beau-père, avec un petit délinquant Jonnhy (Emory Cohen, Brooklyn) et sa compagne d'infortune Cherry (Bel Powley) qu'il utilise comme appât pour détrousser les gens. Un trio hétéroclite pour une virée en enfer.

La qualité première de Detour réside dans sa mise en scène où la caméra fluide se balade entre les personnages au milieu d'une scénographie étudiée au millimètre au service d'un scénario à tiroirs particulièrement efficace. Impossible de dévoiler son contenu pour préserver la surprise, mais le réalisateur construit et déconstruit son film comme s'il avait créé des réalités parallèles s'imbriquant parfaitement au final. Un travail de montage aux petits oignons rehaussé par des trouvailles visuelles permanentes grâce à l'utilisation de split-screens à bon escient.

Au-delà de sa qualité technique, Detour possède un ton et un humour portés par des acteurs magnifiant chaque dialogue avec une verve et un décalage très jouissifs. A l'image de la scène du contrôle de flic ou du personnage de Franck, interprété par le massif et excellent John Lynch (Black death) en chef local et tenancier d'un bordel de campagne. Sur les routes désertiques menant à Las Vegas, le voyage n'est pas de tout repos notamment grâce à la virtuosité de Christopher Smith pour faire rebondir son récit à l'aide de subterfuges de mise en scène et d'une distorsion de la réalité, renvoyant le spectateur dans ses certitudes à chaque plan.

Detour est à la fois un polar bien troussé, un récit émouvant sur la perte de contrôle et sur les choix d'un homme ou d'une femme dans une vie basculant sur un coup de tête, mais aussi un film à la mise en scène monumentale en manipulant le spectateur et le temps qu'on n'avait pas vu depuis un bon moment. Si le film possède un côté vieux film d'Hollywood, mâtiné d'une intrigue tordue à la Hitchcock, il est néanmoins bien ancré dans sa modernité pour un spectacle étonnant retombant toujours bien sur ses pattes et montrant surtout que Christopher Smith est indispensable au cinéma actuel.

 

5/6

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Commentaires: 4
  • #1

    Rigs Mordo (vendredi, 16 septembre 2016 12:34)

    Que ferais-t'on sans Roggy ? Je me demandais ce que devenait Smith, j'ai ma réponse. Et visiblement, ça vaut le coup! Je ferai donc un Détour... Beau taf, mec !

  • #2

    Roggy (vendredi, 16 septembre 2016 21:13)

    Merci mec ! Je pense que ce Detour devrait te plaire :)

  • #3

    princecranoir (mardi, 20 septembre 2016 20:43)

    Ça c est la très bonne nouvelle du moment! J adore les films de Smith et celui là s annonce encore d un bon cru. Espérons qu il renoue avec les honneurs des salles obscures. Beau rapport Roggy ☺

  • #4

    Roggy (mardi, 27 septembre 2016 18:31)

    Il me semble que "Détour" sort en salles. Merci pour ton commentaire :)