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7e jour à l'Etrange festival

 

Une 7e journée riche en bonnes surprises et faisant le tour de la planète en quelques heures. Ainsi, au menu de ce programme éclectique, un film d'épouvante multicolore tourné par un iranien (Under the shadow), une comédie musicale polonaise avec des sirènes voraces (The Lure) et pour finir, un petit détour vers Taïwan avec The tenants downstairs, comédie gigogne et déjantée à bien des égards.

 

 

UNDER THE SHADOW – Epouvante – Iran/UK/Jordanie – 2016 – Babak Anvari

Pitch : Téhéran, 1988. Shideh, mariée et mère d'une petite fille, va débuter une école de médecine. Son mari est appelé au front durant la Guerre entre l'Iran et l'Irak. Shideh se retrouve alors seule avec sa fille. Mais bien vite celle-ci commence à avoir un comportement troublant et semble malade. La mère se demande alors si sa fille n'est pas possédée par un esprit...

 

Le cinéma iranien parcourt les festivals du monde entier avec des films, traitant de la société persane, souvent interdits par le régime et quelquefois même tournés dans la clandestinité. Il existe également de nouveaux réalisateurs qui, à l'aide de capitaux étrangers et filmant dans d'autres pays, parviennent à dénoncer les travers d'une société grâce au film de genre. On l'avait déjà vu avec le très bon A girl walks alone at night d'Ana Lily Amirpour avec son long-métrage sur le vampirisme. Under the shadow est de la même veine, irisant sa dénonciation d'un système au travers d'un film d'épouvante qui se construit petit à petit.

Babak Anvari place son histoire dans un contexte de guerre à Téhéran à la fin des années 80. Alors que les bombes s'abattent sur la ville, Shideh (Narges Rashidi) se fait refouler de la faculté de médecine pour reprendre ses études. Le film débute ainsi comme un drame familial entre les alertes régulières, la frustration de cette femme émancipée et la chape de plomb qui enserre les iraniens bien au-delà des bombardements. Condamnée à rester chez elle, Shideh passe le temps à briquer sa maison et à faire sa gymnastique grâce à des cassettes vidéos interdites. Le couple, son mari est docteur, possède un magnétoscope et le cache pour ne pas être arrêté.

Cette première partie pose les bases d'une réalité prégnante où les habitants de Téhéran tentent de survivre des bombes mais aussi d'un régime très dur dont on ressent les effets insidieux dès que l'action se situe hors les murs de l'immeuble. Le film bascule ainsi quand la famille, le père est parti au front, réchappe à un missile qui transperce l’immeuble sans exploser. Une brèche dans le quotidien mais surtout le sentiment pour cette mère courage que quelque chose d'étrange se produit au sein de sa prison dorée.

Cette 2e partie du film change de ton et s'enfonce inexorablement dans l'épouvante, qui serait un mélange de diverses influences comme le cinéma asiatique de fantômes (Dark water) ou en provenance de la Péninsule Ibérique notamment grâce à la petite fille qui ressent la présence d'entités. L'immeuble, où tous les habitants commencent à s'enfuir pour échapper à la mort qui vient du ciel, est le théâtre d'événements paranormaux avec d'abord la disparition de la poupée marquant le début des ennuis. Progressivement, la mère et la fille se retrouvent enfermées dans l'appartement familial où les objets bougent et les apparitions furtives se multiplient.

Si les références fantomatiques sont étrangères, c'est bien le folklore local qui est ici exploité puisqu'on est en présence de Djinns, esprits malfaisants autant redouté par la population que les patrouilles armées circulant la nuit. Une fois dans le fantastique pur, Under the shadow fait vraiment très peur lorsque la mère commence à voir des spectres et à cauchemarder. Certes, on aurait pu se passer de quelques jumps-scares stridents, mais l'épouvante est particulièrement anxiogène notamment au regard de l'empathie pour les personnages créée dans la première partie du film.

La qualité de Under the Shadow tient à l'irruption du fantastique dans un quotidien bien terne et réglé comme s'il n'y avait pas d'échappatoire, à l'instar de cette ouverture au plafond de l'appartement, véritable bouche de l'enfer mais aussi une porte vers le monde extérieur. On a même le sentiment que la créature les pourchassent pour punir la mère d'être tournée vers l'Occident, d'avoir des aspirations insidieuses de liberté et de ne pas être une mère au foyer comme les autres. Si Under the shadow est éminemment un métrage politique dénonçant un régime oppressant, il s'avère aussi un bon film de trouille montrant que la peur reste universelle quand elle est bien réalisée.

 

4,5/6

 

THE LURE – Comédie musicale – Pologne – 2015 – Agnieszka Smoczynska

Pitch : Deux sœurs sirènes, Srebrna et Zwota, travaillant dans un nightclub, doivent affronter de bien cruelles et sanglantes décisions lorsque l'une d'elles tombent amoureuse d'un beau jeune homme.

 

The Lure est un film hybride par excellence qui embrasse tous les genres avec une joie et une jubilation constantes qui se transpire à grosses gouttes de l'écran. Un petit film réalisé par la polonaise Agnieszka Smoczynska où on suit le destin de sœurs qui sont de véritables sirènes avec un appétit féroce.

La particularité du film est d'être une comédie musicale passant d'un style à l'autre très régulièrement. Entre film parlé et chanté à la Jacques Demy, voire à West side story dans un supermarché très kitch, on nage allègrement aussi dans un succédané polonais du Rocky horror picture show puisque l'action se situe dans un cabaret qui va recueillir les deux sœurs pour les exploiter comme animaux de foire. Plutôt au départ comme stripteaseuses et clous du spectacle quand elles se transforment et laissent entrevoir leurs queues de poiscailles gigantesques.

Si au départ on est amusé par la bonne ambiance qui règne et les numéros musicaux parsemant le film avec régularité, force est de constater que sur la durée, la succession ininterrompue de morceaux musicaux peut lasser. Surtout que toutes les chansons entonnées ne sont pas toutes réussies et font place à une ambiance locale quelque peu désuète et très polonaise, transformant le film en opéra rock horrifique presque permanent comme dans Repo ! The genetic opera de Darren Lynn Bousman. Les numéros musicaux s'enchaînent alors et laissent peu de place à l'histoire et notamment à la situation posée par ces êtres différents dans une société humaine.

Film sur la différence, The Lure est aussi une réflexion sur le genre au sens physiologique. En effet, les deux jeunes femmes sont des transgenres, sens sexe apparent et tout l'enjeu du film est de s'insérer dans une forme de normalité en devenant une vraie femme et en se faisant greffer un vagin. Des réflexions qui s'accompagnent d'un visuel très explicite où les corps sont nus (à l'instar des deux actrices principales souvent dans le plus simple appareil) mais dans une atmosphère saine, drôle et sans voyeurisme.

La sexualité devient ici le vecteur d'humanité au milieu d'un cabaret où les corps sont présentés comme une marchandise mais paradoxalement aussi comme une émancipation générale.

Dommage que le film n'arrive pas à choisir entre les styles car, sans fixation précise, The Lure part un peu dans tous les sens au risque de perdre son spectateur. Le film est ainsi un joyeux bordel, mélange de genres dans une ambiance proche des folies visuelles d'Emir Kusturika et un humour permanent outrancier et décalé, avec une patine de film d'horreur quand les deux sirènes ont des envies de bouffer et se muent en créatures monstrueuses.

 

3,5/6

 

THE TENANTS DOWNSTAIRS – Comédie horrifique – Taïwan - 2016 – Adam Tsuei

Film présenté par son réalisateur.

 

Pitch : Un propriétaire est à la recherche de locataires pour un appartement dont il a récemment hérité. Il porte son choix sur un panel de personnes quelque peu désespérées. Mais le propriétaire a installé des caméras dans tous les recoins, et observe tranquillement l’intimité de ses locataires…

 

The tenants downstairs est un film assez étrange, apparemment un gros succès dans son pays d'origine, puisqu'il débute comme une comédie de voisinage avec tous ces personnages hauts en couleurs gravitant autour d'un propriétaire, qui est en fait le gardien de l'immeuble. Mais rapidement, le film change de ton et vire à l'horreur tout en gardant un humour noir allant parfois très loin.

Il faut dire que le personnage interprété par le prolifique Simon Yam (SPL, PTU...) a l'air fort sympathique avec ses locataires mais on comprend bien vite qu'il a installé dans chaque appartement une caméra où il observe les faits et gestes de chacun. On retrouve ainsi tout un panel de la société dont un couple gay, un homme avec sa petite fille, un pervers violent, une nymphomane ramenant un homme différent tous les soirs et un jeune homme croyant posséder des dons paranormaux. Des personnages assez caricaturaux qui sont justes là pour être utilisés comme dans un laboratoire, à l'image de cette femme mutique qui ramène des victimes dans sa valise pour les torturer dans son appartement.

Le film est en quelque sorte une relecture de Fenêtre sur cour en mixant le voyeuriste Sliver et le Malveillance de Balaguero car le gardien intervient physiquement dans les appartements et la vie des gens comme le faisait le concierge dans son immeuble barcelonais. Le film fait franchement rire au départ notamment avec le jeune homme qui croit se téléporter en s'endormant et se retrouve nu dans des situations incongrues et dérangeantes sans se douter qu'il est manipulé.

The tenants downstairs est aussi un film sur la perversion et la manipulation. Tous les personnages sont présentés comme de gros pervers sexuels incapables de s'empêcher de se masturber où de forniquer comme des animaux, bien aidés par un concierge qui met en scène des situations graveleuses juste pour son propre plaisir. Des mises en scènes d'adultère ou d'enlèvement faites pour générer un malaise et des réactions violentes pour son plaisir de sadique, comme s'il participait à ses petits jeux pervers par procuration.

Le métrage est donc explicite dans tous ses excès sexuels, de nudité et aussi de violence frontale lorsque la jeune femme découpe littéralement ses victimes. Mais également une violence psychologique et malsaine quand le concierge met en scène un viol ou utilise la petite fille comme un objet de désir. Si le film fait rire des situations, surtout vers la fin avec un climax de comédie horrifique, The tenants downstairs est aussi une vision très manichéenne des femmes ou des homosexuels relégués au seul rang d'obsédés sexuels. Une supposée tare se retournant contre eux comme une fatalité et une sentence finale.

Ce malaise profond s'accentue tout au long du film même si on rit de bon cœur à ces situations mais qui laisse néanmoins un goût amer en se demandant où veut en venir le réalisateur et son personnage à la folie exponentielle et débordante. D'ailleurs, Simon Yam cabotine à mort dans ce huis-clos pervers et bien réalisé il est vrai (c'est quand même un premier film) qui se veut dérangeant en torturant ses personnages jusqu'à un twist final qui n'apportera pas grand-chose à l'ensemble du métrage.

 

3,5/6

 

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Commentaires: 5
  • #1

    Rigs Mordo (mercredi, 14 septembre 2016 13:15)

    Le troisième est celui qui me tente le plus, malgré son pitch déjà-vu (Malveillance comme tu le dis), mais à voir si l'occase se présente. Beau report, une fois de plus :)

  • #2

    Roggy (mercredi, 14 septembre 2016 13:16)

    Je reconnais bien là ton petit côté pervers :) Merci pour ton commentaire mon ami.

  • #3

    Nola (vendredi, 16 septembre 2016 19:05)

    Contente que tu aies apprécié Under the Shadow, qui en effet a pour lui de ne pas céder à la facilité ou de reproduire des recettes connues, tout en inscrivant subtilement ses thèmes politique et féminin. J'ai été plus emballée que toi par The Lure, qui part en effet dans tous les sens, mais qui recèle aussi tellement de belles choses, entre douceur et cruauté.

  • #4

    Roggy (dimanche, 18 septembre 2016 00:29)

    "Under the shadow" est un beau film au contexte social qui fait vraiment peur. Moins certain d'être le cœur de cible de "The Lure" même si je lui reconnais des qualités mais, les morceaux de musique, à la longue...

  • #5

    Nola (mardi, 20 septembre 2016 12:42)

    Le coeur de cible de The Lure c'était moi, je crois. Haha. Les passages musicaux avaient déjà excédé des spectateurs au NIFFF, ce qui m'avait dissuadée, à tort me concernant, même si je conçois que cela soit un peu lassant, éventuellement.