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4e jour à l'Etrange festival

 

Pour ce 4e jour à l'Etrange festival, le menu fut copieux avec un drame sexuel et horrifique mexicain (La region salvaje), un énorme nanar chinois de kung-fu (The Bodyguard) et un drame fantastique américain (The Transfiguration).

 

LA REGION SALVAJE – Horreur rurale – Mexique/Danemak – 2016 – Amat Escalante

 

Film présenté par Gaspard Noé, ami du réalisateur.

Pitch : Jeune mère au foyer, Alejandra élève ses deux garçons avec son mari Angel. Fabian, son frère, est infirmier dans un hôpital local. Leurs vies provinciales vont être bouleversées par l'arrivée de la mystérieuse Veronica...

 

Le cinéma du mexicain Amat Escalante est âpre et sans concession, à l'image de ces précédents films comme Los Bastardos ou Heli. Des œuvres où tournaient déjà l’obsession du sexe et de la mort. Des thématiques que l'on retrouve ici sous un angle inattendu et fantastique.

Le ton est donné dès la première avec une femme, Veronica, nue qui semble prendre du plaisir avec une créature dont on ne voit que l'appendice tentaculaire. Blessée au côté, la jeune femme s'enfuit tant bien que mal dans la campagne mexicaine en laissant derrière elle une cohorte de questions. Il faudra attendre un bon moment avant de revenir dans ce lieu étrange pour laisser le temps à Amat Escalante de dépeindre une société mexicaine entre frustration sexuelle et tabou homosexuel.

A l'instar d'un Carlos Reygadas, le réalisateur montre des personnages en quête de plaisir et de jouissance sans aucune pudeur et avec une crudité du quotidien, notamment dans les rapports sexuels mécaniques qui ne semblent satisfaire personne. Dans cet amas de frustration, on suit plusieurs personnages comme Alejandra qui est confrontée à l'adultère de son mari Angel avec son propre frère Fabian. Le drame passionnel entre tous les protagonistes devient le cœur de l'intrigue entre scandale et amours interdites.

Si le film est relativement contemplatif et lent par instants, il dégage une force irrépressible à l'image des personnages qui sont inexorablement attirés par cette maison perdue au milieu de rien, où une espèce de couple de hippies semblent protéger et donner en pâture, à la créature qu'ils ont recueillies, des hommes et des femmes dans un état d'esprit brumeux et en désir de sensation forte. Un peu finalement comme le ferait une secte. Veronica est ainsi celle qui pervertit les humains qu'elle rencontre en les envoyant abreuver en chair fraîche et en sexe le monstre inconnu.

La region salvage est à la fois un drame intimiste et social où les couples se déchirent pour la garde des enfants, les histoires d'amour implosent et les cadavres nus s'empilent dans les ruisseaux alentours. Parce qu'il n'y a pas d'amour sans mort, la rencontre avec la créature peut être fatale comme une signature avec le diable contre un orgasme impossible. Dérangeant dans ses images en pénétrant au cœur de l'intimité des personnages, le film s'avère fascinant quand il se love dans le récit fantastique et horrifique entre Eros et Thanatos.

Grâce à une mise en scène toute en retenue et jouissive, Amat Escalante amène le spectateur vers les contrées de l'interdit sublime notamment avec les séquences de sexe entre les humains et la créature, toute droite sortie d'un bestiaire de Cthulhu, qui les pénètre avec ses tentacules phalliques. Des images magnifiques qui nous rappellent le hentaï Urotsukidoji et le Possession de Zulawski et impriment l'image d'un lyrisme démoniaque.

Il faudra certes s'habituer au rythme un peu du film, lardé de violents coups de sexe frontal et d'imageries horrifiques, mais le jeu en vaut la chandelle tant La region salvaje réussit à nous embarquer dans son imaginaire à la fois outrancier et pervers, comme une caisse de résonance de nos désirs les plus enfouis.

 

4/6

 

THE BODYGUARD – Kung fou – Chine – 2016 – Yue Song

Pitch : Après avoir été élevé dans la tradition des arts martiaux, Wu-Lin arrive en ville et se fait remarquer par un riche homme d’affaires. Ce dernier lui propose de devenir le garde du corps de sa fille Faye. Quand celle-ci se fait enlever, Wu-Lin va devoir mettre en pratique ses années d'apprentissage.

 

Attention, nanar atomique !

De mémoire de spectateur, il y a longtemps que l'on avait vu pas pareil mauvais film, qui obtient directement le sacre de nanar de l'année tant il se prend au sérieux avec un aplomb qui force le respect (apparemment, Yue Song, déjà auteur d'un certain The King of the streets, clame que The Bodyguard est le meilleur d'arts martiaux depuis 20 ans...). Il faut dire que Yue Song est tout à la fois réalisateur, scénariste, monteur des chorégraphies, et s'est aussi octroyé le premier rôle de son film à la mégalomanie aussi gigantesque que The Bodiguard est une baudruche de nanardise gonflée à l'hélium de sa bêtise.

Il y aurait tellement à dire sur le film qu'il est difficile d'en ressortir une scène en particulier. Tout est mauvais du début à la fin, saupoudré par un pachydermique sens de la ringardise faisant passer Les feux de l'amour pour du Scorsese. Le pitch suffit à résumer le métrage dans la mesure où il n'est prétexte qu'à montrer des séquences de baston s'avérant toute aussi ratée que l'ensemble. Les rires fusent dans la salle dès que les acteurs déclament, très mal, des dialogues ridicules au son d'une musique sirupeuse digne d'une telenova brésilienne. Boursoufflé aux stéroïde de son ego surdimensionné, Yue Song possède en plus un look et une allure des plus dépassées entre Ken le survivant et Siu-Wong Fan dans Riki-oh, the story of Ricky dont The Bodyguard emprunte pas mal de choses dans l'esthétique. Même si Riki-oh est largement plus réussi au final.

Et je ne vous parle pas des scènes de romance, surtout celle sur la plage qui est un summum et un condensé de mièvrerie avec ces images au ralenti des deux personnages les cheveux au vent dans une voiture, sur un cheval ou un bateau accompagné par une musique d'ascenseur. Même Céline Dion ne fait plus ça dans ses clips, et à se demander si le réalisateur le fait express ou s'il est au premier degré. Je pense sincèrement qu'il est aux fraises et l'a filmé volontairement de cette façon (j'ai peut-être tort, mais bon...).

Filmé avec les pieds (en même temps, difficile de donner des high kick et de tourner un film), on suit tant bien que mal le parcours Wu-Lin (pas besoin de préciser qui joue le rôle) qui tente de sauver sa protégée (et tête à claques) des griffes de méchants pas gentils et surtout très doués en arts martiaux. Ca tombe bien car ce brave Yue Song a décidé de sortir la grosse artillerie en multipliant les scènes de baston où il fracasse des centaines de mecs avec sa technique de la mort qui défonce les murs et les voitures. Sans compter qu'il possède des chaussures qui pèsent 25 kilos chacune (!) et qu'il ne les a pas retirées depuis plusieurs années (triple !!!). Et là, vous vous demandez pourquoi faire la fine bouche. En fait, c'est tellement mal filmé et sur-découpé qu'on ne voit rien. Une bouillie de chorégraphie avec câbles qui trouve son acmé avec le combat contre une centaine de combattants dans un remake malvenu et risible de Matrix.

Je ne pourrai pas conseiller à quiconque de voir le film tant il est mauvais de A à Z, sauf pour se marrer au 15e degré mais cela ne ferait qu'entretenir encore plus le mégalo Yue Song dans son entreprise de continuer le cinéma. Certes, il est bon en kung-fu mais pour le reste, il fait des films comme dans les années 80 en forçant sur le pathétique et le surjeu, tout en pensant qu'il révolutionne le cinéma à chaque scène.

 

Comme on nous en a parlé avant la séance, je vous invite à visionner la vidéo de ses exploits personnels, où Yue Song s'entraîne dans la neige (et même avec un ours !) et qui représente sans doute un réel condensé du personnage et de son cinéma. Quand les images valent mieux qu'un beau discours...

 

https://www.youtube.com/watch?v=X6YPUJ5fvVw

 

1/6

 

THE TRANSFIGURATION – Drame fantastique – USA – 2016 – Michael O'Shea

Le film a été présenté par son réalisateur Michael O'Shea.

 

Pitch : Queens, New York. Milo a 14 ans. Orphelin, son seul refuge est l'appartement qu'il partage avec son grand frère. Solitaire, il passe son temps à regarder des films de vampires. L'arrivée d'une nouvelle voisine fera naître en lui des sentiments inédits...

 

Remarqué à Cannes où il obtint le prix de la mise en scène dans la section "Un certain regard", le premier film de Michael O'Shea est une vraie révélation. En effet, The Transfiguration est une œuvre relativement minimaliste dans son propos, avec principalement deux personnages principaux, mais qui développe des thématiques diverses sous l'angle du film d'horreur et plus particulièrement de la mythologie vampirique.

Au plus près de Milo (Eric Ruffin), le réalisateur suit les errances de cet ado noir comme il en existe tant d'autres dans le Queens. Sa singularité vient du fait qu'il attaque des gens pour boire leur sang parce qu'il est un vampire, ou plutôt il a l'impression d'être un. Michael O'Shea laisse longtemps planer le doute sur la véritable nature de Milo l'inscrivant néanmoins dans son statut de paria, en marge de la société. Il est même considéré comme un débile par les zonards de son quartier.

A l'image d'une créature de la nuit affamé, Milo erre à la recherche de proies mais aussi de son destin et de sa propre identité. Sa rencontre amoureuse avec Sophie (Chloë Levine), jeune fille blanche (ce qui marque encore la différence de la vie de Milo) paumée, va bouleverser son quotidien monotone. Mais Milo ne se nourrit pas que de sang, il s'abreuve aussi tous les jours de films de vampires de Nosferatu, à Lost Boys en passant par Morse, et de lectures sur les seigneurs de la nuit. Mutique, Milo est aussi adepte de vidéos de tueries animales dans les abattoirs comme s'il cherchait à se persuader que ce qu'il fait n'est pas pire que dans la réalité.

Mais, The Transfiguration n'est pas un film sur les vampires. C'est avant tout une peinture de l'Amérique des sans-grades, des oubliés d'une société qui cherchent sa place. Entre le frère de Milo, soldat vétéran d'une guerre au Moyen-Orient, passant ses journées sur le canapé à regarder la télé et les jeunes qui zonent dans les rues, le film brosse un portrait au vitriol de l'Occident des laissés pour compte dont la seule ambition est la survie. C'est aussi l'esquisse d'une histoire d'amour juvénile rendant un bel hommage au cinéma de genre (et en taillant au passage la série des Twilight) grâce à l'empathie générée par les personnages, attachants dans leur mal être et leur perte de repère.

Même si le ton est assez lent au départ, The Transfiguration dégage une réelle énergie qui s'amplifie et prend une consistance encore importante au fur et à mesure que le film avance, jusqu'à un final triste et sans rédemption. Une dernière bobine sanglante à bien des égards où la fiction vampirique rejoint la réalité du quotidien. Sans manichéisme, le réalisateur ne prend alors partie pour personne et ne juge pas leurs faits et gestes. Comme le dit Milo, il aime les films de vampires réalistes parce qu'ils sont durs comme, au fond, sa propre existence. A l'image d'une fillette égorgée en gros plan, The Transfiguration joue la carte du réalisme pour notre plus grand plaisir.

 

4,5/6

 

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Commentaires: 6
  • #1

    Rigs Mordo (dimanche, 11 septembre 2016 15:13)

    The Bodyguard, tu donnes envie de le voir! Du coup je suis allé voir le trailer, qui a l'air "normal"... jusqu'à ce qu'on voit le héros courir sur les pieds de ses ennemis avec ses bottes de plomb, ahah! Marrant que tu cites Ken le survivant et Riki Oh, la pochette y fait clairement penser. Dommage que ce soit pas gore, ça aurait été le summum. Bon les deux autres films, je ferai comme s'ils n'existaient pas par contre je pense :p

  • #2

    Roggy (dimanche, 11 septembre 2016 15:21)

    Tu as raison de dire qu'il manque le gore et là, ça aurait été parfait ! Et va voir la vidéo d'entraînement du gars. Tu vas halluciner ;)

  • #3

    Nola (lundi, 12 septembre 2016 09:49)

    Tu résumes bien La Région Salvaje : la même frontalité que chez Reygadas (remercié au générique), que je n'aime pas, et une échappée du côté de Zulawski, ou je dirais de Rambaldi absolument délectable tant ce genre de scène est rare. Mais comme il s'agit de la portion congrue, je ne suis pas aussi conquise que toi. On passera sur le kung pas foufou, qui est vraiment incroyable dans son degré zéro de tout. En revanche, The Transfiguration a l'air vraiment intéressant dans son mélange de mythes et d'univers contemporain et urbain.

  • #4

    Roggy (lundi, 12 septembre 2016 10:23)

    Je pense que "La region salvaje" ne peut laisser insensible et la partie que tu décris est vraiment excellente. L'autre est sans doute plus lente mais j'ai, pour ma part, adhéré. Passons sur le nanar "The Bodyguard" et je te conseille la vision de l'inattendu "The Transfiguration" pour son mélange de plusieurs genres.

  • #5

    Alice In Oliver (lundi, 12 septembre 2016 12:10)

    Un coup de coeur évidemment pour THE BODYGUARD. Bon à priori, un énorme nanar. Dès que j'ai le temps, j'explore le lien mis en ligne sur la chronique

  • #6

    Roggy (lundi, 12 septembre 2016 12:12)

    La vidéo est un bon teaser pour le film qui est du même tonneau :)