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LE SECRET DE LA CHAMBRE NOIRE

 

GENRE : Fantômes vivants

REALISATEUR :  Kiyoshi Kurosawa

ANNEE : 2015

PAYS : France/Japon

BUDGET : 3 500 000 €

ACTEURS PRINCIPAUX : Tahar Rahim, Olivier Gourmet, ...

 

 

 

RESUME : Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille qu'il retient auprès de lui dans leur propriété de banlieue. Chaque jour, elle devient son modèle pour de longues séances de pose devant l'objectif, toujours plus éprouvantes. Quand Jean, un nouvel assistant novice, pénètre dans cet univers obscur et dangereux, il réalise peu à peu qu'il va devoir sauver Marie de cette emprise toxique.

 

MON HUMBLE AVIS

A l’image d’autres cinéastes asiatiques (récemment La vérité du japonais Hirokazu Kore-eda avec Catherine Deneuve), Kiyoshi Kurosawa investit la France et plus précisément la banlieue parisienne contemporaine pour développer un drame intimiste nimbé par la présence évanescente de fantômes du passé. Un projet aux limites de l’anachronisme mélangeant un paysage d’aujourd’hui avec une iconographie surannée située dans une vieille bâtisse autour des techniques photographiques du début du XXème siècle. Le secret de la chambre noire baigne ainsi dans une atmosphère très étrange où les voix se confondent avec les apparitions discrètes d’une femme en robe bleue au détour de l’entrebâillement d’une porte. Un des stigmates du cinéma de Kurosawa qui continue à étendre sa filmographie autour du rapport des vivants aux morts et leur impossibilité d’accéder au repos au travers de la figure du fantôme.

Là encore, le pavillon de banlieue apparaît tel un réceptacle et l’appareil photographique géant qui produit une image sans négatif (inventé par Louis Daguerre) comme un passage possible pour les âmes errantes. S’il n’atteint jamais la magnificence et la beauté élégiaque de Vers l’autre rive, Le secret de la chambre noire navigue sur les eaux troubles du deuil. Le massif artiste photographe (Olivier Gourmet, L’exercice de l’Etat) possède l’apparence d’un ogre sur pattes dévoyé par l’alcool, dont le seul désir pervers est de réaliser l’image parfaite à l’aide d’une structure qui bloque tout mouvement. On n’est pas loin de l’engin de torture, d’autant plus qu’il n’hésite pas à endormir sa fille Marie (Constance Rousseau, Deux fils) à l’aide d’un produit chimique pour l'empêcher de bouger. Son objectif étant de faire vivre à nouveau sa très chère femme disparue. Au milieu de ce rapport filial ambigu, l’arrivée de Jean (Tahar Rahim, Un prophète) en tant qu’aide photographe vient briser le quotidien.

Homme rationnel, Jean bascule lui aussi dans les méandres de l’irréel au point que même le spectateur se demande si certains personnages sont encore physiquement présents ou si leur esprit n’a pas sombré corps et biens dans les limbes de l’oubli. Et si les fantômes n’étaient pas ceux que l’on croit ? Car les vivants traînent leur douleur entre les murs de la maison et de leur existence au milieu d’entités vagabondant dans leur mémoire, un nouveau genre de spectre, presque présent en chair et en os mais dont l’esprit existerait dans une autre dimension. De ce maelstrom de sentiments, Kurosawa tire un film automnal aux lisières du cinéma de Claude Chabrol pour l’étude psychologique (la vente de la maison très parisienne avec le personnage de Mathieu Amalric), et de l’approche asiatique de la mort par le biais des fantômes mis régulièrement à l’image par le réalisateur de Kaïro ou de Retribution.

Encore une fois, l’entrée de la cinématographie de Kiyoshi Kurosawa n’est pas des plus aisées, il faut forcer la porte pour se laisser embarquer par sa caméra lente et immersive. Une manière de filmer très particulière, dépourvue de jumpscares et de monstres sanguinaires, aux antipodes des productions actuelles. Le fantastique inonde les recoins des pièces, fait vaciller les lumières et fige les personnages dans l’ombre des meubles. D’un simple coup de vent, la réalité se distord et se confond avec des apparitions ou la chute dans un escalier, véritable point de non-retour vers la folie. Si le long-métrage n’est pas l’essai le plus réussi de son auteur du fait d’un script finalement très austère, sec au diapason de l’interprétation très retenue des acteurs, sans doute un peu décalé avec l’humeur occidentale comparé aux comportements asiatiques, Le secret de la chambre noire mérite de figurer en bonne place sur le mur de la filmographie du grand maître de l’étrange.

 

4/6

 

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