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LIGHT OF MY LIFE

 

GENRE : Post Covid

REALISATEUR : Casey Affleck

ANNEE : 2019

PAYS : USA

BUDGET : ?

ACTEURS PRINCIPAUX : Casey Affleck, Anna Pniowsky, Tom Bower...

 

RESUME : Dans un futur proche où la population féminine a été éradiquée, un père tâche de protéger Rag, sa fille unique, miraculeusement épargnée. Dans ce monde brutal dominé par les instincts primaires, la survie passe par une stricte discipline, faite de fuite permanente et de subterfuges. Mais il le sait, son plus grand défi est ailleurs : alors que tout s'effondre, comment maintenir l'illusion d'un quotidien insouciant et préserver la complicité fusionnelle avec sa fille ?

 

MON HUMBLE AVIS

Loin des clichés du post-apo classique entre Mad Max et les dystopies pour adolescents comme Hunger Games, le nouveau film de Casey Affleck, 10 ans après son excellent vrai-faux documentaire I'm Still Here avec un Joaquin Phoenix bedonnant et barbu reconverti dans le rap, pose le sujet de la vie après une crise majeure. Celle d'une humanité amputée de sa partie féminine ayant succombé à un virus. En ces heures de pandémie, Light of my Life a une résonance particulière et montre un futur possible sans tambours ni trompettes mais avec une réelle élégance. Beau mais glaçant.

Le long-métrage écrit et réalisé par son acteur principal est à l'image de ses prestations devant la caméra (Mancheser By the Sea, A Ghost Story) sobre mais dégageant un charisme certain. Il émane de Light of my Life une indiscutable force doublée d'un charme tout simple qui nous fait accepter cette dizaine de minutes en plan fixe où un père, Affleck lui-même, raconte l'histoire de l'Arche de Noé à sa fille Rag (épatante Anna Pniowsky dans son premier grand rôle) dans le décor simple d'une tente au milieu de la forêt. Si le récit est censé éduquer la jeune fille, il permet au réalisateur d'expliquer par cette allégorie la situation au spectateur.

Nul besoin de voix-off pour comprendre la tension palpable d'une forêt livrée à des survivants quasiment tous masculins où les deux protagonistes se comportent tels des survivalistes en répétition. Or, c'est bien la réalité d'un monde où un père est obligé de cacher sa fille des autres hommes sous une casquette et des cheveux courts. De ce périple tout en sensibilité et en méfiance, la caméra suit lentement leur progression dans cette nature figée dans sa beauté, où naît l'empathie pour ce duo en perpétuel mouvement et toujours aux aguets. La moindre rencontre est synonyme de doute, aussi bien des hommes seuls que rassemblés dans les villes à la recherche de nourriture.

Inspiré par Les Fils de l'Homme d'Alphonso Cuaron et le livre La Route de Cormac McCarthy dont l'adaptation ciné était particulièrement terrifiante et réussie (John Hillcoat, 2009), le frère de Ben Affleck construit un film tout en nuance autour de cette relation paternelle avec une jeune fille dont les aspirations de liberté sont limitées par les conséquences de ce monde dévasté. Des envies de vivre pleinement parfois difficiles à contenir du fait d’un péril invisible mais prégnant. L'éveil à la vie de la petite Rag remplie de questions métaphysiques irise un long-métrage délicat où la difficulté d'être un père se fait jour même dans cet univers d'après. Comment évoquer les changements physiologiques à venir (ses premières règles) et trouver les mots appropriés sans lui cacher le danger des hommes ?

Casey Affleck compose ainsi un paternel protecteur perpétuellement sur ses gardes dont le seul objectif est de tenir sa fille à l'écart des autres. Perdu entre les souvenirs de sa femme disparue (Elisabeth Moss, L'Homme Invisible) et son désir d'éduquer Rag afin qu'elle soit un jour autonome et capable de se défendre seule, ce père aimant ne possède pas d'armes et s'avère finalement humaniste. Face à lui, la petite Anna Pniowsky est extraordinaire de candeur et d'intelligence. Sans le dire vraiment, elle comprend la situation et son évolution vers la féminité se fait naturellement grâce à la lecture assidue de livres et son acuité de la vie obligatoirement décuplée. Pourtant, son enfance la rattrape bien vite lorsqu’ils passent quelques jours dans une maison abandonnée où elle emprunte les jouets et les vêtements d'une fille de son âge. A ce moment-là, elle redevient celle qu'elle a toujours été au risque de susciter les convoitises.

Avec une retenue toute contemplative, Light of my Life instille un malaise incessant dans cette odyssée d'un homme et d'une fillette à la recherche d'un abri et d'un lieu où ils pourront vivre en paix. Alors que cela semble possible, l'irruption de simples inconnus derrière une vitre crée la terreur et la fuite reprend pour échapper à une tragédie qui n’a pas besoin de dire son nom. Dans ces instants, la confrontation est brutale et ne laisse pas de place à la réflexion. Les séquences de lutte sont filmées à l'instar de l'ensemble du film, avec la même simplicité générant cette frayeur froide de la silhouette d'un homme à l’encornure d'une porte.

Au final, la quête s'achève avec le sentiment que Rag a pris le relais de son géniteur. Elle a certainement grandi plus rapidement à cause des événements, la petite fille a laissé la place à une gamine responsable et capable de raconter à son profit l'histoire de l'Arche de Noé en inversant les rôles, à l'image de son comportant dans la dernière bobine. Certes, il faudra accepter une forme de langueur dans la mise en scène, de longs plans immersifs mais les échanges entre les deux protagonistes sont attachants malgré le contexte anxiogène autour d'eux. De cet abîme sombre jaillit une lumière, celle de deux êtres se soutenant mutuellement nous faisant encore croire en l'humanité.

 

4/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    princecranoir (samedi, 09 janvier 2021 12:24)

    Plus languide qu'un épisode de remplissage de mi-saison de Walking Dead, je n'ai pas trop adhéré à ce film dont je reconnais toutefois les qualités formelles que tu as soulignées. Mais ce lien père/fille en exil par la force des temps ne m'a pas bouleversé, bien moins en tout cas que celui proposé par l'excellent film de Debra Granik "leave no trace". Quant à ces modèles assumés que sont "les fils de l'homme" et "la route", ils figurent eux-aussi bien au-dessus dans mon estime.

  • #2

    Roggy (dimanche, 10 janvier 2021 09:15)

    Je ne connais pas "leave no trace" de Debra Granik. Pour ma part, j'ai ressenti beaucoup d'empathie pour les personnages. Une bonne surprise de mon côté.