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COME TRUE

 

GENRE : I have a dream

REALISATEUR : Anthony Scott Burns

ANNEE : 2020

PAYS : Canada

BUDGET : ?

ACTEURS PRINCIPAUX : Julia Sarah Stone, Landon Liboiron, Skylar Radzion…

 

RESUME : Les nuits de Sarah, une adolescente fugueuse, sont peuplées de cauchemars récurrents. À la suite d’une petite annonce, elle accepte de participer à une étude rémunérée sur le sommeil, mais s’aperçoit que les médecins y pratiquent de bien dangereuses expériences...

 

MON HUMBLE AVIS

L'Interprétation du rêve de Sigmund Freud n’est peut-être pas à l’origine du projet d’Anthony Scott Burns mais il pourrait très bien s’immiscer dans les méandres du scénario de Come True, sorte de rêve éveillé à la réalité distordue. Come True s’aventure sur les terres inconnues des songes, frontière intangible entre vérité et inconscient prenant possession de nos vies durant le sommeil. C’est dans cet interstice subtil et récurrent que s’engouffre le surprenant nouveau long-métrage de l’auteur du déjà très original Our House. Là encore, le réalisateur nous prend par surprise en matérialisant l’indicible et le fantasme de n’importe quel scientifique, retranscrire les rêves.

A l’image de son héroïne principale, Come True (rebaptisé Bad Dreams pour la sortie VOD en français) baigne dans une atmosphère temporellement étrange, presque indéfinissable située dans une petite ville d’Amérique du Nord. Rapidement, on s’accroche aux baskets de Sarah (Julia Sarah Stone, The Unseen), une jeune lycéenne frêle dormant la nuit sur un banc avant de rejoindre son école au matin en passant subrepticement chez sa mère pour se laver et se changer, en évitant soigneusement de la croiser. Le décor est planté, iconoclaste et inclassable, le réel semble déjà altéré. Sur son vieux vélo de course, Sarah se déplace au gré de sa mélancolie palpable et de son sommeil aléatoire la projetant sur les chemins d’un rêve récurrent aboutissant à la vision d’une forme humanoïde sombre encore indéfinissable.

En s’appropriant les rênes de son film (la réalisation, la photographie, la production, le montage et même la musique), Anthony Scott Burns crée une véritable atmosphère cohérente dans ce monde lancinant où la réalité de Sarah est déjà un cauchemar. En franchissant les portes d’une expérience scientifique sur le sommeil, elle s’immerge dans sa propre psyché sans prendre conscience des conséquences sur sa psychologie vacillante. Harnachée comme une astronaute prête à décoller vers l’inconnu, reliée par un casque et des instruments de mesure, Sarah vit très mal cette sensation de pénétrer en elle-même sous les yeux interrogateurs et avides de connaissance d’une équipe de chercheurs et du Docteur Meyer (Christopher Heatherington) chaussé de ses énormes lunettes dignes d’une fiesta des années 70. A l’image finalement des appareils d’enregistrement des rêves à la technologie sommaire, donnant une impression encore plus prégnante de voyage dans le temps.

Si on retrouvait déjà cette idée de transposition de l’indicible dans Our House, le papa d’un des segments du film à sketchs Holidays explore les matérialisations des cauchemars de six patients où apparaît immanquablement une silhouette fantomatique. A ce petit jeu, Sarah devient le réceptacle de toutes les peurs, ses promenades dans le sommeil sont de plus en plus troublantes et elle semble ramener à chaque voyage cette singulière ombre diaphane noire de jais aux yeux brillants. Porté par une partition électro mélancolique du groupe Electric Youth, Come True se pare d’une atmosphère captivante aux limites du réel. Burns crée un univers original et harmonieux dans ses incertitudes nous renvoyant aux effluves de It Follows pour cette tension permanente, The Void pour l’aspect rétrograde de son approche du fantastique et même Drive pour son ambiance évanescente au son d’une musique électro particulièrement bien agencée au récit.

Au-delà de ses qualités plastiques, de sa photographie et de sa bande son, le film repose surtout sur les épaules frêles de Julia Sarah Stone avec son visage si particulier, à la fois enfantin et déjà adulte, abandonné au milieu de ses cheveux blonds en bataille. Son interprétation est à l’origine de la réussite de l’entreprise, à l’instar des merveilleux travellings avant dépeignant les cauchemars de la jeune femme, sorte d’errance sur une terre cauchemardesque faite de corps entrelacées et de portes ouvrant sur cette satanée silhouette figée, véritable cerbère de son âme. Dans la dernière partie, la terreur sourde s’incarne au grand dam des chercheurs, d’une Sarah perdue dans ses sentiments pour le scientifique Jérémy (Landon Liboiron) et sa volonté de s’extirper d’un réel particulièrement douloureux. Entre rêve et réalité, l’ultime bobine explore les champs de l’inconscient au milieu d’un trip sans retour possible dans son cerveau perturbé, d’abord dans un hôpital déserté puis dans l’obscurité d’une nature menaçante de beauté, mère de toutes les peurs. Certains dirons que le climax est un pied de nez trop facile, mais qu’importe, Come True est une véritable œuvre rafraîchissante dans son approche de la folie et crée sa propre mythologie au centre d’un monde de fantasme éthéré.

 

5/6

 

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