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AD ASTRA

 

GENRE : Voyage astral

REALISATEUR : James Gray

ANNEE : 2019

PAYS : USA

BUDGET 90 000 $

ACTEURS PRINCIPAUX : Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Liv Tyler...

 

 

RESUME : L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

 

MON HUMBLE AVIS

Grâce à la magie du cinématographe, les voyages dans l’espace ont pris leur envol des feuilles de papier et de songes d’écrivains avec comme seul carburant l’encre de leur imagination. De Méliès à Stanley Kubrick, de vaillants astronautes ont franchi les frontières de l’impossible dépassant les technologies contemporaines afin de concrétiser la soif de découverte de l’humanité. James Gray (La nuit nous appartient, The last city of Z) reprend les commandes du genre avec cette histoire originale située dans un futur proche où la lune est habitée et la Terre possède une succursale sur Mars, base de lancement de missions à destination de l’inconnu.

Adossé à la voix-off en écho de son héros principal, le Major Roy McBride (Brad Pitt sobre et mutique), Ad astra raconte le voyage physique et mental d’un homme pour retrouver un père disparu depuis plus de 20 ans (Tommy Lee Jones). Sur ce postulat très simple, James Gray construit une quête de SF linéaire entrecoupée de séquences d’action et d’une mélancolie récurrente. Si le fils McBride semble le parfait petit soldat couvert d’éloges et capable de rester calme en toutes circonstances, il est perclus de ressentiments et de douleur envers un père défaillant, l’abandonnant avec sa mère pour se lancer dans une expédition sans retour aux confins de la galaxie. Le réalisateur se nourrit ainsi de la frustration de son personnage pour faire progresser le récit au milieu d’un univers froid et ultra codifié.

Techniquement et visuellement magnifiques, Ad astra plonge le spectateur dans la tête et les tourments de son héros au détriment d’un actionner de SF malgré une course-poursuite très Mad Max sur la Lune ou un affrontement sanglant dans une station de recherche. Le film se veut réflexif et lorgne plus du côté de 2001, l’odyssée de l’espace que de Starship troopers, notamment dans la dernière partie, sans jamais réellement atteindre son objectif et la puissance émotionnelle d’un Interstellar. De fait, la ligne directrice est assez austère à l’image du peu de réaction d’un Pitt taiseux seulement mû par quelques souvenirs en vidéo et son désir contradictoire de revoir son père et de lui lâcher sa haine sertie en écrin autour de son cœur. Ce manque d’affection global est sans doute le plus grand reproche a adressé au long-métrage, accentuant ses enjeux autour de la relation père-fils et une mise en images efficace et grandiose.

Au-delà de la menace écologique sur la Terre liée à un processus très étrange dans l’espace, Ad astra est avant tout un voyage introspectif dans la psyché d’un homme un peu perdu, entremêlé de sentiments contrastés, qui a finalement reproduit le schéma paternel en délaissant son épouse (Liv Tyler) pour se consacrer à son métier. Parce qu’être astronaute, c’est sacrifier sa famille pour partir à l’abordage de rivages inconnues sans certitudes d’un retour comme les marins qui prenaient la mer sans rentrer chez eux avant plusieurs années. Sans trahir un grand secret, la confrontation finale entre les deux hommes s’avère finalement trop courte comme si après tant d’années, ils n’avaient rien à se dire entre un fils qui n’a jamais fait le deuil de son paternel et un vieil homme renfermé dans sa quête obsessionnelle, tel un Capitaine Achab, afin de prouver l’existence des extra-terrestres. C’est certainement là que se situe l’intérêt le plus prégnant du film.

La recherche d’une vie extraterrestre cache en réalité une autre question plus fondamentale, celle de l’existence de Dieu, présente dans les discussions ou pour célébrer un enterrement. Dans son scénario, James Gray se positionne clairement en affirmant que l’existence des petits hommes verts n’est pas démontrée au regard de l’armada de technologie avancée déployée. Par extrapolation, l’absence d’ET serait une preuve de la non-existence d’un être supérieur. Il n’y a donc rien après la mort hormis le vide intersidéral. Sans réponses à ses messages envoyés dans chaque recoin de l’univers le personnage de Tommy Lee Jones tombe dans la folie car cette révélation détruit l’essence même de son existence et par voie de conséquence remet en cause toute l’humanité. Dommage que ce pan spirituel ne soit pas plus développé au sein d’un long-métrage certes très beau mais qui aurait gagné à plus de justesse dans sa crédibilité surtout dans la dernière bobine (pourquoi attendre la venue de Brad Pitt pour envoyer un astronaute vers Saturne alors que la durée de voyage semble limitée à 3 mois ?) et en émotion grâce à des dialogues peut-être plus profonds et philosophiques (les paroles échangées sont assez creuses à l’image de la fin du film un peu simpliste). Le souffle d’aventure entrevu dans The last city of Z ressemble ici à une brise légère proche du film d’auteur sur la solitude, mais a bien du mal à tendre vers L’odyssée d’Homère.

 

3,5/6

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Princécranoir (samedi, 26 octobre 2019 22:05)

    Je ne suis pas loin de partager ton avis remarquablement saisi dans ce texte. Mais je pense que ce Gray mérite un deuxième voyage, qu'il demande à être apprivoisé. Je le ferai volontiers, quitte à être aussi déçu que Roy en retrouvant son père.

  • #2

    Roggy (dimanche, 27 octobre 2019 13:43)

    J'imagine aussi qu'un deuxième décollage pourrait servir le film, sans être certain d'y trouver une réelle profondeur. En y repensant, c'est vraiment ce qui m'a manqué.